Dans un récit détaillé et précis, le site de décryptage Il Post retrace la façon dont cette affaire a éclaté. “Samedi 13 juin, une passagère du tram nᵒ 15 de Milan a regardé le téléphone d’un conducteur en pause qui était assis à côté d’elle. Elle a vu qu’il participait à un tchat WhatsApp où l’on s’échangeait des images de femmes extraites des enregistrements des caméras de vidéosurveillance des arrêts et de celles des transports publics, en les commentant de façon sexiste.”

Par la suite, la passagère a évoqué cet épisode sur Instagram, ou ce dernier a été relayé par d’autres personnalités, générant un petit tremblement de terre qui a poussé ATM, la société qui gère les transports dans la capitale lombarde, à réagir. Les sept participants au tchat ont été suspendus, une enquête interne a été lancée, et une plainte auprès des forces de l’ordre serait également en cours de rédaction. D’un point de vue légal néanmoins, le site d’information précise qu’“il reste à déterminer si les images diffusées sans consentement sont des photos prises à partir des écrans du système de vidéosurveillance à l’intérieur des tramways, ou si elles ont été téléchargées depuis la mémoire du système. Ce n’est que dans ce dernier cas qu’il y a infraction pour accès abusif à un système informatique.”

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Au-delà de l’aspect juridique, c’est la portée morale de cette affaire qui interpelle la presse italienne. Le quotidien La Repubblica a d’ailleurs réussi à retrouver la passagère qui, la première, a dénoncé cette conversation. Elle confie au journal de gauche ressentir “de la tristesse, de l’amertume et, surtout, de la rage. Nous savons toutes que des tchats de ce genre existent, mais la chose la plus dure, c’est de savoir que de tels comportements ont lieu au sein d’une entité publique qui gère des transports publics, et qui donc devrait garantir la sécurité. Et, au contraire, on découvre de telles choses en son sein.”

Si l’indignation semble générale, Il Post relaie pourtant l’intervention sur la question d’Agostino Ghiglia, membre du conseil d’administration de l’Autorité de protection des données, proche du parti de la Première ministre, Giorgia Meloni, Fratelli d’Italia. L’homme, tout en reconnaissant le caractère illicite du groupe, a minimisé la gravité des faits. D’abord, en critiquant le fait que la passagère avait publié la photo du tchat sur les réseaux, et, ensuite, en indiquant que les photos n’allaient “pas dans un canal public, mais dans un groupe fermé de sept personnes. On parle de sept personnes dans un pays de 60 millions d’habitants, je demande à voir ce qui se passe dans les tchats du foot ou ceux de la salle de gym.” Suffisant pour indigner Cathy La Torre, avocate de la passagère, dont la réplique à Ghiglia conclut l’article du site d’information transalpin : “Au lieu de culpabiliser une jeune fille qui a fait un geste civique remarquable, nous devrions la remercier.”