“Comme beaucoup à la lisière du parc national Tsavo, Henritta fait face à une double menace : le changement climatique et de larges voisins qui peuvent ruiner le travail d’une saison en une nuit”, résume le Daily Nation. Près de la frontière avec la Tanzanie, l’agricultrice kényane vit dans la peur des éléphants. Mais alors que les conflits avec les animaux s’intensifient, Henritta et ses voisins apprennent à coexister grâce à d’étonnantes recettes, raconte le quotidien kenyan.

Dans le village de Kajire, au Kenya, l’agricultrice s’est construit une forteresse. Des lambeaux de tissu parsèment la clôture de sa ferme “et dansent au gré du vent”, écrit le Daily Nation. Elle les trempe régulièrement dans un mélange de piment et d’huile de vidange pour repousser les éléphants.

Une deuxième clôture, composée de plaques de métal, “donne l’alerte si les éléphants tentent de passer pendant la nuit”. “Sa troisième ligne de défense”, poursuit le journal, est constituée de briquettes de bouse d’éléphant, de piments et d’eau qui dégagent une fumée suffocante lorsqu’elles brûlent.

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Il y a six ans, des éléphants ont ravagé les champs de Henritta Mkamburi et détruit une partie de sa maison, ce qui est courant à l’approche des récoltes. Les éléphants étant friands de maïs, une autre agricultrice vivant à quelques kilomètres de là protège le sien en l’entourant désormais de sésame, dont les éléphants détestent l’odeur. Elle possède également douze ruches. “Les éléphants redoutent les abeilles, car les piqûres dans les yeux, la trompe et les oreilles sont extrêmement douloureuses et ils s’en souviennent longtemps”, commente le Daily Nation. La vente du miel, comme celle du sésame, lui apporte un complément de revenus. Un peu partout dans le village, la diversification des cultures a brisé la dépendance au maïs.

Un rôle crucial pour l’environnement

Ces recettes sont celles de l’association Save the Elephants (STE), qui a travaillé sur des stratégies de coexistence entre les hommes et les pachydermes dans plus de dix pays africains. Aux abords du parc national Tsavo, elle a enseigné plus de quatre-vingt méthodes aux agriculteurs pour éloigner les éléphants.

“Grâce à [ces outils], nous avons réussi à faire évoluer la perception des agriculteurs, en les faisant passant du désir de tuer les éléphants à celui de cohabiter avec eux”, se réjouit Derrick Wanjala, l’un des responsables du projet, interrogé par le Daily Nation.

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Le problème des agriculteurs kényans n’est pas isolé. Au Népal, des parents n’envoient plus leurs enfants à l’école par peur des attaques d’éléphants, rapporte The Himalayan. En Inde, dans l’État du Kerala, le niveau de tension est tel que des animaux sont régulièrement piégés par des fruits bourrés d’explosifs, signale le quotidien indien The Hindu.

Partout, les mêmes causes produisent les mêmes effets. “Les corridors empruntés par les éléphants depuis des générations […] se retrouvent bloqués par des exploitations agricoles, des routes et des pipelines”, analyse le Daily Nation. Avant d’ajouter :

“Isolés de leurs ressources alimentaires naturelles par la fragmentation de leur habitat et l’aggravation de la sécheresse, les éléphants se tournent de plus en plus vers les terres agricoles.”

Déjà menacés par le braconnage, les éléphants sont la cible d’un nombre croissant de représailles. “Pourtant, les éléphants jouent un rôle crucial pour l’environnement : ils creusent des points d’eau en période de sécheresse, ouvrent des sentiers en forêt et dispersent des graines. Si l’on venait à les perdre, les écosystèmes s’effondreraient”, rappelle le quotidien kényan. D’après une étude publiée en novembre 2024, la population d’éléphants de savane d’Afrique a diminué de 70 % entre 1964 et 2016.