Par un beau matin, dans le nord du Nigeria, un millier de femmes ont reçu simultanément une notification sur leur téléphone portable : le dernier chapitre de Nymphomaniac King [“Le Roi nymphomane”] venait d’arriver sur un groupe WhatsApp exclusivement féminin.

Cela faisait des mois que j’observais discrètement ce groupe, baptisé “Le monde d’Oum Hairan”, que l’autrice m’avait laissée rejoindre. Sa prose est on ne peut plus explicite. Elle utilise pour désigner certaines parties du corps des mots haoussa [l’une des trois langues officielles du pays, surtout parlée dans le Nord, à majorité musulmane] qui n’auraient jamais survécu à la censure islamique. Les femmes musulmanes de ce groupe répondent avec beaucoup d’humour, dans des échanges truffés d’émojis et d’hypothèses sur celles qui seraient capables de satisfaire les appétits du roi.

“Vous êtes toutes impressionnées par le membre grandiose de Sa Majesté”, poste l’autrice, Oum Hairan, pour titiller ses lectrices surexcitées. Et juste au moment où le suspense devient intenable, la suite de Nymphomaniac King devient payante. “L’accès au groupe du roman coûte 300 nairas [0,19 euro]”, écrit-elle à ses lectrices qui la supplient d’envoyer la suite. Puis Oum Hairan précise que l’accès “V-VIP” s’élève à 1 500 nairas [presque 1 euro], i