Ainsi que l’écrivait un chroniqueur anonyme à propos de la rencontre entre le roi des Francs et le pape Léon III en plein cœur de l’été 799 à Paderborn, “le roi, père de l’Europe, et Léon, le plus grand pasteur sur la Terre, se sont retrouvés et se sont entretenus de bien des choses”. C’est la première fois qu’est mentionné le surnom “père de l’Europe”. Et c’est donc son nom qui a été attribué à la plus haute distinction décernée aux piliers de l’Union européenne, le prix Charlemagne d’Aix-la-Chapelle. Le 14 mai 2026, c’est Mario Draghi, ancien président de la Banque centrale européenne et par la suite chef du gouvernement italien, qui l’a reçu.

Or, pendant des siècles, le souverain franc n’a guère été considéré comme le “père de l’Europe”. Du haut Moyen Âge jusqu’en 1945, il y avait “Charlemagne” à l’ouest du Rhin, et “Karl der Grosse” [“Charles le Grand”, en allemand] à l’est. Une séparation linguistique plutôt qu’une idée commune. En France, il était vu comme le fondateur de l’État national, alors qu’en Allemagne il était loué comme le créateur du Saint Empire romain germanique.

Mais qu’était-il en réalité : français, allemand, père de l’Europe, ou rien de tout cela ? Quand on s’y intéresse de plus près, on fait une découverte surprenante : dans les deux sources les plus impo