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Cloner son chat ou son chien, une pratique consumériste ?

De Javier Milei à Paris Hilton, en passant par Tom Brady, de plus en plus de personnalités assument avoir cloné leur animal de compagnie. Une pratique qui interroge l’évolution de notre rapport à la mort, affirme le magazine britannique “Dazed”.

Cloner son chat ou son chien, une pratique consumériste ?
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Société. Cloner son chat ou son chien, une pratique consumériste ?

Ce n’est pas franchement une question de vie ou de mort, mais une question de vie et de mort.

“Quand Chai est morte à l’âge de 5 ans, j’ai eu le sentiment qu’on nous avait volé du temps.” Alors Kelly Anderson, propriétaire dudit félin, a opté pour un scénario qui, il n’y a pas si longtemps, relevait de la science-fiction : elle a cloné Chai. Le fruit de cette opération est que Belle (alias “Clone Kitty”) a près de 150 000 abonnés sur TikTok.

On ne peut pas exactement parler de démocratisation de la procédure. Mais sa popularisation (Javier Milei et Paris Hilton y ont recouru), “en dit long sur notre nouveau rapport à la mort”, avance le magazine britannique Dazed.

Kelly raconte : “Le véto avait congelé son corps pendant la nuit afin de l’envoyer au crématorium. Je les ai appelés tôt le matin et je leur ai dit : ‘Arrêtez tout, on va la cloner.’

Pour comprendre la démarche, le magazine américain Wired s’est entretenu avec une chargée de clientèle de la plus grande société de clonage d’animaux de compagnie.

D’un point de vue purement pratique, voilà comment ça se passe : après la mort d’un animal, ses cellules restent viables pendant environ cinq jours.

“Généralement, nous demandons un morceau d’oreille de l’animal défunt. Le tissu d’oreille est solide, il fonctionne très bien. Les gens ne veulent pas qu’il manque une oreille à leur animal de compagnie, alors parfois il faut les convaincre”, décrit la responsable.

Une fois l’échantillon arrivé au laboratoire, la première étape consiste à cultiver des cellules à partir du tissu, puis à congeler et à conserver ces cellules.

“Le clonage commence par la fabrication d’embryons à partir des cellules, poursuit la responsable clients. Ensuite, on prend un ovocyte d’une donneuse, on en retire le noyau, puis on y insère l’une des millions de cellules qu’on a obtenues en culture. Par un stimulus électrique, on fait croire à l’ovocyte qu’il est fertilisé, mais il n’y a pas de spermatozoïdes. C’est la magie du clonage.”

De cette manière, le laboratoire crée plusieurs embryons, avant de les transférer dans une une femelle porteuse de la même espèce. Et voilà le travail. À toutes fins utiles, rappelons qu’il ne s’agit pas du même animal, mais d’un nouvel individu avec le même patrimoine génétique (comme des jumeaux monozygotes).

“Le clonage avait l’airplus poétique, il était commela continuation de son histoire.Mais si vous recherchezun clone de science-fictionqui soit un copier-collerde l’original, cette techniquen’est pas pour vous.”

Kelly Anderson, au magazine britannique Dazed

Le problème ? Il y en a plusieurs.

Le premier, c’est que “que nous sommes loin d’assurer une bonne qualité de vie à tous les animaux qui cohabitent déjà avec nous sur Terre”, rappelle Dazed. Et il en va de même pour les êtres vivants “utilisés” pour mener à bien ces clonages.

Lindsay Marshall, experte en sciences animales au sein de l’association Humane World for Animals, rappelle que, pour parvenir au tout premier clone de chien (un lévrier afghan du nom de Snuppy), il avait fallu pas moins de 1 095 ovocytes et 123 mères porteuses. Ça fait beaucoup.

“Dans une culture obsédée par l’immortalisation de soi en ligne et où l’on essaie de trafiquer son horloge biologique, nous nous attendons à ce que nos animaux soient aussi inquiets de la mortalité que nous”, observe le magazine britannique.

“Et puis l’efficacité du clonage est ridiculement faible”, ajoute Lindsay Marshall. D’après une étude menée sur mille chiens en 2022, seuls 2 % des clonages aboutissent à la naissance d’un chiot vivant.

Ça fait peu.

“Mis à part les nombreux problèmes qu’il pose en matière de droits des animaux, l’essor du clonage des animaux domestiques revient à appliquer le prisme de la consommation à toutes les facettes de la vie moderne, y compris nos relations”, estime le magazine britannique.

“C’est en particulierparce qu’elles ne sontpas éternelles quenos relations sontimportantes.”

Philip Tedeschi, codirecteur de l’Institutpour la sensibilité et la protection des animaux,au magazine britannique Dazed

“Dans la culture occidentale, la mort est devenue un problème à régler grâce aux derniers progrès scientifiques, regrette Dazed. Nos systèmes de valeurs engendrent et dénoncent le deuil tout à la fois – il doit être évité et non honoré. Si le deuil est un amour qui n’a nulle part où aller, comme dit le poète, rien d’étonnant à ce qu’il revienne aux consommateurs pour leur être proposé sous forme de clonage d’animaux domestiques.”

“À l’heure où les chercheurs se précipitent pour cloner des espèces en voie de disparition, Tedeschi craint que nous ne devenions insouciants face à l’extinction de la biodiversité sur la planète, en nous imaginant que nous pourrons tout ramener à la vie le moment venu.”

Et pourtant, tout est peut-être plus beau parce que nous sommes condamnés.

C’est pour ça que, dans Les Ailes du désir, Wim Wenders expliquait qu’il lui avait fallu les anges pour dire le privilège de la vie humaine : “On peut faire des expériences tout le temps, on peut se promener tous les jours et regarder, rencontrer d’autres gens tout le temps, on a quand même le privilège fantastique de vivre. Et c’est tellement mieux que l’éternité.”

[Cette story a été publiée pour la première fois le 9 mars 2026 et republiée le 3 juillet]

Éloïse Duval
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