“Joli corps”, commente un certain Jeffrey sur le compte Instagram d’Annefleur Franken, une jeune femme de 21 ans qui se présente comme “votre soldate néerlandaise préférée.”
“Ce que Jeffrey ne sait visiblement pas, écrit Trouw, c’est que Franken ment. Elle ne travaille pas pour l’armée.” Pis, elle n’existe pas : “Elle a été créée à l’aide d’une intelligence artificielle (IA).” Et elle n’est pas un cas isolé. Le journal néerlandais a enquêté sur une tendance à l’œuvre ces derniers mois : “Les réseaux sociaux sont inondés de profils d’influenceuses fictives qui exercent toutes sortes de métiers : infirmière, hôtesse, agricultrice.”
Trouw s’est penché plus particulièrement sur plus d’une cinquantaine de faux profils d’influenceuses soi-disant membres de la police ou de l’armée, un créneau récurrent. À la une de sa partie magazine, il prévient : “Fausses influenceuses, vraie influence.”
Commentaires béats
La plupart du temps, ces profils de jeunes femmes qui multiplient les poses séduisantes ont un objectif assez évident : gagner de l’argent, explique le journal chrétien. “Une bonne partie des profils renvoient vers une plateforme payante”, comme celui de Kaia Nube, une “Américaine” qui propose des contenus à caractère sexuel sur le site Fanvue. “On peut y souscrire un abonnement auprès d’une influenceuse au choix et recevoir des messages écrits et audio de sa part, générés par IA.”
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Je m’abonneParmi les nombreux hommes qui réagissent aux photos sexy de ces fausses soldates, “certains ont conscience qu’il s’agit de contenus IA, observe Trouw, tandis que d’autres semblent croire entièrement à la véracité des personnages” et multiplient les commentaires béats, les petits cœurs et les petites flammes.
Outre l’intention mercantile, le journal constate que certains des profils étudiés “s’emploient également à promouvoir le soutien au président américain ou à répandre des messages racistes, transphobes” ou misogynes. Ainsi, la même Kaia Nube pose-t-elle devant un véhicule de l’armée en arborant une pancarte qui dit : “Apprenez à vos enfants à changer l’huile de leur moteur, pas leur genre.” Une autre “policière” au décolleté plongeant affiche le message : “Il ne travaille pas dix heures par jour pour que ce soit une grosse vache qui l’attende à la maison.”
Cheval de Troie
Le phénomène étant récent, il est difficile de se faire une idée de son effet. Mais pour le chercheur Laurens Naudts (université d’Amsterdam), il ne faut pas le sous-estimer : “C’est une forme de désinformation, de manipulation et de tromperie”, affirme-t-il à Trouw. Quant aux messages haineux, s’ils ne sont pas l’objectif premier de ces influenceuses fictives, ils peuvent, à la longue, contribuer à “donner l’impression que ces opinions sont normales et largement partagées”.
La professeure Sanne Kruikemeier (université de Wageningue) relève que, d’après les premières recherches dont on dispose, “les électeurs de droite sont plus prompts à accepter les messages politiques portés par des images générées par IA”. Elle note aussi qu’“en raison du fonctionnement des algorithmes, ce genre de contenu est surtout vu par des personnes qui partagent déjà ces opinions”.
Enfin, Trouw identifie une troisième piste derrière la multiplication de ces profils de fausses soldates ou policières : “Et si un créateur cherchait par ce biais à entrer en contact avec des militaires pour obtenir des informations sensibles ?”
Contactée, l’armée néerlandaise fait savoir au journal que ses collaborateurs “sont appelés à se montrer prudents et alertes quant à leurs contacts sur les réseaux sociaux” et à signaler toute personne qui leur écrirait en démontrant “un intérêt particulier pour la défense”.
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