— Scanzano Jonico [Calabre]

Ils boivent de la bière 66. Ils se taisent, assis sur le trottoir. Affaissés sur le sol, regroupés par nationalité, ils attendent un signal. Mais le signal tarde à arriver.

À 3 heures de l’après-midi, les fantômes des champs sont tous de sortie. Au grand jour. Les qualifier d’“invisibles” n’est qu’une manière de plus de les effacer de la surface de la terre. Car, en réalité, après avoir travaillé, ils sont là, au bord de la nationale 106, au niveau de Roseto Capo Spulico, entre la charcuterie et le bar. Deux camionnettes et deux minivans sont déjà présents sur l’aire de stationnement. Ils sont bien visibles, on ne voit qu’eux.

Dans le véhicule bleu, six ouvriers agricoles se sont assoupis, brisés par la fatigue. C’est l’heure de la pause, après une matinée de labeur. Les chauffeurs discutent à voix basse. Mais voilà un autre problème de vocabulaire, car il serait réducteur de les désigner comme de simples chauffeurs : eux aussi sont des ouvriers agricoles, mais mieux intégrés. Les seuls à parler un peu l’italien. “Qu’est-ce que tu veux ? Pas de question”, lance l’un d’entre eux, coiffé d’une casquette rouge.

Eux, ce sont les caporali, les intermédiaires entre les propriétaires terriens et ces ouvriers, incapables de dire exactement où ils iront. Tu tr