Ils le reconnaissent eux-mêmes : cela n’a aucune chance d’aboutir mais l’objectif est ailleurs. Des élus démocrates au Congrès américain ont réclamé, lundi 26 octobre, la désignation d’un procureur spécial pour enquêter sur les liens entre Donald Trump et le criminel sexuel Jeffrey Epstein.
Cette demande des membres démocrates de la commission judiciaire de la Chambre des représentants est vouée à l’échec puisque la désignation d’un procureur spécial relève du ministre de la justice, Todd Blanche, ancien avocat personnel de Donald Trump.
Mais à huit jours des élections de mi-mandat, elle expose une des vulnérabilités du président républicain au sein de sa base MAGA (Make America Great Again), particulièrement réceptive aux théories du complot selon lesquelles Jeffrey Epstein, retrouvé pendu en prison en 2019, ne se serait pas suicidé, mais aurait été assassiné pour protéger du scandale des personnalités de premier plan.
Donald Trump a longtemps été proche de Jeffrey Epstein quand les deux hommes évoluaient au sein de la jet-set à New York et en Floride dans les années 1990. Mais il assure avoir rompu ses liens avec lui bien avant qu’il ne soit inquiété par la justice et n’avoir rien su des crimes sexuels du financier, dont les autorités judiciaires estiment à « plus d’un millier » le nombre de victimes, dont des mineures.
Accusation directe de cinq femmes envers Donald Trump
Les élus démocrates de la commission contestent de nouveau cette version des faits, sur la base d’un rapport publié lundi à partir des témoignages de 11 femmes, « dont cinq ont directement accusé Trump de les avoir violées ou agressées sexuellement en compagnie ou en présence d’Epstein ».
« Le ministère de la justice de Trump semble dissimuler ces crimes pour protéger le président », affirme Jamie Raskin, principal membre démocrate de cette commission, dans un communiqué. « Après avoir été l’avocat personnel de Donald Trump, Todd Blanche est devenu son ministre de la justice personnel », accusent les élus démocrates dans leur rapport.
Mais « il n’y a guère de raisons de penser que cette administration prendra cette décision minimale », déplorent-ils au sujet de leur demande de désignation d’un procureur spécial. Ils appellent donc le Congrès à exercer ses prérogatives afin de « rechercher la justice pour les survivantes et mettre fin à la dissimulation honteuse de l’administration Trump ».
La Maison Blanche dénonce une « connerie totale »
Le directeur de la communication de la Maison Blanche, Steven Cheung, a réagi en dénonçant sur X une « connerie totale ». « C’est ce que les médias et les démocrates font juste avant chaque élection, propager des mensonges et des accusations ridicules contre le président », a-t-il déclaré, assurant que les Américains « n’étaient pas dupes ».
Les démocrates ont dépensé plus de 35 millions de dollars (31,5 millions d’euros environ) pour des spots de campagne spécifiquement centrés sur l’affaire Epstein, selon les médias américains.
Le ministère de la justice a publié, le 30 janvier, « plus de trois millions de pages » du dossier Epstein, affirmant que l’administration Trump s’était ainsi acquittée de son obligation, imposée par une loi adoptée en novembre par le Congrès, de faire toute la lumière sur cette affaire explosive. Des parlementaires démocrates comme républicains l’ont accusé de rétention d’informations, notamment en raison du caviardage persistant sur de nombreuses pièces du dossier.
La simple mention du nom d’une personne dans le dossier Epstein ne suppose pas a priori qu’elle ait commis des actes répréhensibles. Mais depuis la publication massive du 30 janvier, nombre de dirigeants et personnalités du monde entier ont été éclaboussés par la révélation de leurs liens passés avec Jeffrey Epstein, provoquant enquêtes pénales, arrestations et démissions, principalement en Europe.