Elektre fait revivre le rébétiko à l'heure de l'électro
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Des mélodies grecques, des rythmes brésiliens, des influences congolaises et des sonorités électroniques : avec son premier EP Néon, le trio franco-gréco-congolais Elektre revisite le rébétiko, ce blues urbain né dans les ports et les quartiers populaires grecs. Un voyage musical métissé et envoûtant, entre mémoire, modernité et cultures en mouvement.
Des sonorités orientales portés par des rythmes brésiliens et une voix soul qui chante en grec : dès les premières notes, Elektre affirme une identité musicale à part. Le trio réunit la chanteuse et percussionniste franco-grecque Maïlys Mallet, la guitariste et chanteuse gréco-congolaise Monika Kabasele et le bassiste breton Clément Buffière.
Même le nom du groupe raconte cette volonté de mêler les références. « Elektre » renvoie certes à la mythologie grecque, mais pas à la célèbre héroïne tragique. Maïlys Mallet préfère évoquer une autre figure : celle des filles de l'Harmonie, créatures mi-oiseaux, mi-sirènes. Le nom joue également sur l'idée d'une musique « électrique », traversée d'éclairs sonores et d'expérimentations contemporaines.
Sur les traces des cafés « néon » de Smyrne
L'EP tire son titre d'une histoire familiale. Dans le morceau « Eubée », du nom de la grande île grecque, on entend la voix de la grand-mère de Maïlys Mallet. Ancienne professeure d'histoire de la Grèce antique à l'université Paris-Sorbonne, elle a transmis à sa petite-fille sa passion pour l'histoire et la culture grecques.
Parmi ces récits figure celui des cafés néon de Smyrne, dans l'ancien Empire ottoman. Ces établissements occupent une place particulière dans la mémoire culturelle grecque. Les femmes pouvaient y chanter et les musiciens y mêlaient influences savantes et populaires, contribuant à l'émergence du rébétiko.
Le rébétiko, chronique musicale des marges
Aussi qualifié de « blues grec », le rébétiko est né dans les quartiers populaires, les ports, les tavernes et même les prisons. Il raconte la vie quotidienne, les joies, les peines, l'exil, l'amour, mais aussi les activités illégales et les petits trafics.
Elektre reprend notamment « Kokaini », un célèbre rébétiko des années 1930. Comme de nombreux morceaux du genre, il fut victime de la censure. Ces chansons fonctionnaient comme de véritables chroniques urbaines, témoignant sans filtre de la réalité sociale de leur époque.
Un laboratoire musical métissé
Plutôt que de reproduire fidèlement ce patrimoine musical, Elektre choisit de le faire dialoguer avec des influences contemporaines et internationales.
Les racines congolaises de Monika Kabasele apportent les couleurs de la rumba. Clément Buffière navigue entre instruments traditionnels, comme le bouzouki et le baglama, et les possibilités offertes par les machines électroniques. Maïlys Mallet accompagne parfois son chant avec des cuillères en bois venues de Cappadoce en Turquie.
Le résultat est un univers que le groupe revendique comme gréco-rétrofuturiste, où se croisent rébétiko, trap, reggaeton, sonorités arabes traditionnelles et expérimentations électroniques.
Une célébration collective
L'EP s'achève avec « Sta Tria », morceau inspiré des panigiria, ces grandes fêtes populaires qui rythment encore la vie de nombreux villages grecs. Des rassemblements où toute une communauté se retrouve dans la danse, le chant et le partage.
Une conclusion festive et fédératrice pour un disque qui célèbre les circulations entre les cultures, les époques et les territoires.
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