Prise au piège de la pauvreté urbaine, Neeta s’est laissée tenter par ce qui lui semblait être un moyen facile de gagner de l’argent, raconte l’Indian Express. Une femme de sa famille lui a parlé de la possibilité de gagner 20 000 roupies indiennes, soit l’équivalent de 200 euros, en donnant ses ovocytes. “Mon corps en produit naturellement chaque mois et, comme j’ai déjà des enfants, je peux les donner et en tirer profit”, explique Neeta. Ce qu’elle n’avait pas vraiment compris, c’était le prix que son corps allait payer.

Lorsque les autorités ont démantelé ce réseau illégal de prélèvement d’ovocytes dans le Maharashtra, dans le centre-ouest de l’Inde, Neeta avait déjà subi au moins 45 ponctions, alors que la procédure n’est légalement autorisée qu’une une seule fois dans la vie. Cela impliquait 45 cycles d’injections hormonales, 45 périodes de convalescence et 45 ponctions vaginales. Or ces stimulations répétées comportent des risques d’hémorragie, d’infection et d’apparition de kystes, met en garde le quotidien anglophone indien.

À lire aussi : Droits. L’Inde expérimente la compensation du travail domestique des femmes

Au fil des jours, Neeta a souffert de fatigue, de sautes d’humeur, d’irritabilité, de ballonnements et de douleurs pelviennes. “La femme qui me faisait les injections m’a dit que c’était normal. Elle m’a dit que j’aidais des femmes qui ne pouvaient pas avoir d’enfants”, raconte-t-elle.

Après la première procédure, à son réveil, elle avait le ventre gonflé et douloureux. “J’avais peur, même si j’avais reçu 20 000 roupies”, raconte-t-elle. Au départ, elle s’était juré de ne plus jamais recommencer. Puis elle a commencé à calculer les frais de scolarité, le loyer, etc. La fois suivante, lorsque les agents l’ont appelée, elle a accepté. Encore. Et encore.

Un marché noir d’ovules humains

L’histoire de Neeta résonne dans les bidonvilles du Maharashtra. Roshani Shaikh, une ouvrière de 35 ans, a rejoint le réseau après que son mari l’a quittée en 2023. Vivant seule et en difficulté financière, elle a été initiée au don d’ovocytes par une collègue. Une femme connue uniquement sous le nom de “Madame” a coordonné le processus.

Des experts médicaux affirment que cette affaire soulève des questions inquiétantes quant à l’effet cumulatif des ponctions ovocytaires réalisées. À ce titre, même si “le corps d’une femme est résilient”, la docteure Anjali Malpani, fondatrice de la clinique de fertilité Malpani, à Bombay, alerte :

“Convoquer la même femme chaque mois pour des injections hormonales, une anesthésie et une ponction ovocytaire a des conséquences néfastes sur son système reproducteur et hormonal.”

La complication la plus grave est le syndrome d’hyperstimulation ovarienne, qui, dans les cas les plus sévères, peut engager le pronostic vital.

À lire aussi : Droits des femmes. “Nourriture contre services sexuels” : en Afghanistan, l’écœurant chantage qui prospère sous les talibans

“Pendant des années, l’Inde a été considérée comme le Far West de l’industrie de la fertilité”, estime NPR, la radio publique américaine. Mais en 2021 une nouvelle loi a interdit aux femmes de vendre leurs ovocytes ou de devenir mères porteuses rémunérées. “Cette loi s’est heurtée à une demande croissante d’ovules humains dans le pays”, et il existe aujourd’hui un marché noir florissant.

Certaines “des femmes et des filles indiennes les plus marginalisées fournissent du matériel reproductif, souvent pour une maigre compensation et au péril de leur vie”. Selon The Times of India, ce “racket” ne se limiterait pas au Maharashtra, et s’étendrait à tout le pays.