“Le nouveau Premier ministre et président d’ici à l’automne”, titre le tabloïd progouvernemental Blic, après l’annonce du chef de l’État serbe, Aleksandar Vucic, “qu’il ne serait président que pour quelques semaines encore”. Une déclaration faite le 27 juin, lors d’un grand rassemblement de son Parti du progrès serbe (SNS), qui laisse entrevoir la possibilité d’un scrutin anticipé combinant élections présidentielle et législatives, précise le journal de Belgrade.

Cette hypothèse circule depuis plusieurs mois, dans un contexte de contestation du pouvoir portée depuis plus d’un an et demi par les étudiants et une partie de la société civile. Le mouvement avait été déclenché après l’effondrement meurtrier de l’auvent de la gare de Novi Sad, en novembre 2024, qui avait fait 16 morts.

À lire aussi : Analyse. Sur la place Slavija, le mouvement des étudiants serbes cherche une articulation politique

L’annonce du “retrait” du président serbe a été faite devant des dizaines de milliers de partisans du parti SNS, rassemblés dans le centre de Belgrade sous le slogan “La Serbie, une famille”. Les chiffres de la police, qui a recensé 207 000 participants, ont été contestés par l’ONG Arhiv Javnih Skupova qui a comptabilisé 32 500 personnes, rapporte l’agence de presse indépendante Beta.

Le rassemblement se voulait spectaculaire : robots importés de Chine dansant le kolo (danse folklorique serbe), déploiement du “plus grand drapeau de Serbie” – long de plus de 500 mètres et pesant une tonne –, spectacle de drones, musique et sport. Sans oublier “un vote citoyen destiné à désigner les cinq priorités que l’État devrait traiter en urgence”, décrit l’hebdomadaire d’opposition Vreme.

Manœuvre tactique

Selon Danas, la déclaration d’Aleksandar Vucic n’a rien de surprenant et, écrit cet autre journal d’opposition, “personne n’imaginait qu’à l’issue de son mandat présidentiel il se retirerait de la vie politique”. Bien au contraire : en renonçant à la fonction présidentielle, Vucic entend reprendre le poste de Premier ministre, qui a plus de poids dans le système politique serbe, et renforcer ainsi son pouvoir, explique Danas. Depuis 2014, il a alterné les deux fonctions.

À lire aussi : Bosnie-Herzégovine. L’affaire des “safaris humains” à Sarajevo éclabousse le président serbe Aleksandar Vucic

Vucic n’a pas précisé toutefois la date de sa démission, ni celle de la dissolution du Parlement, étape indispensable à l’organisation d’élections législatives anticipées. Pour Danas, il s’agit avant tout d’une manœuvre tactique du président serbe, en perte de la popularité. “Organiser les élections législatives avant la présidentielle lui permettrait de limiter les répercussions politiques d’un éventuel revers lors du scrutin présidentiel”, estime le quotidien.

Selon un récent sondage relayé par Blic, une liste SNS menée par Vucic recueillerait 47,1 % des votes aux élections législatives, contre 30,7 % pour une liste étudiante, sans alliance formelle avec l’opposition. En revanche, dans le cas d’une élection présidentielle, un candidat commun des étudiants et de l’opposition obtiendrait un score plus élevé.