Le 6 juillet à 12 h 01, un sous-marin nucléaire stratégique de la marine de l’Armée populaire de libération (APL, l’armée chinoise) a lancé avec succès depuis les eaux internationales du Pacifique un missile équipé d’une ogive d’entraînement, a annoncé le jour même dans un communiqué lapidaire la marine chinoise, en précisant que ce missile “a atterri avec précision dans la zone maritime prévue”.

“Une portée de plus de 10 000 kilomètres : de la côte ouest à la côte est du Pacifique”, s’enflamme sur la plateforme Weixin le compte officiel du quotidien régional Zhejiang Ribao. Il s’agit probablement d’un missile balistique lancé depuis un “sous-marin de type JL-3”, indique l’expert militaire Shao Yongling. La qualité de ce type de missile balistique, lancé depuis un sous-marin et généralement équipé d’ogives nucléaires, demeure dans “sa grande capacité de dissimulation lors du lancement et son immense puissance destructive”, souligne le journal.

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Par le passé, Pékin était très discret sur les lancements de missiles militaires. Ce n’est plus le cas : moins d’une heure après l’opération, le communiqué officiel était déjà publié. Shao Yongling interprète cette soudaine “transparence” comme une affirmation de la puissance nationale :

“Cette annonce spontanée constitue en elle-même une forme de dissuasion.”

Un message clair adressé à “certaines forces et à certains pays”, poursuit-il. C’est une façon de dire “nous sommes capables de préserver la souveraineté nationale, l’unité et l’intégrité territoriale”, décortique l’expert, en mettant en avant la doctrine officielle chinoise, selon laquelle “la Chine ne déclenche pas l’arme nucléaire en premier, mais elle possède une importante capacité de riposte nucléaire”.

Une capacité à frapper le sol américain

Face à l’inquiétude et au mécontentement des pays voisins, l’Australie en tête, Pékin veut relativiser ce tir. Il s’agit d’un exercice d’entraînement militaire de “routine”, a déclaré le 6 juillet le ministère des Affaires étrangères chinois, en assurant qu’il ne vise aucun pays ni aucune cible en particulier : “Il est à espérer que certains pays n’en feront pas une interprétation excessive”, écrit le journal en ligne Pengpai.

Sur les réseaux sociaux, de nombreux médias et des blogs, moins alignés sur le pouvoir, célèbrent cette démonstration de force. “Le fait d’avoir survolé successivement la Corée du Sud et le Japon reste un événement sans précédent”, s’enthousiasme Guanjun (“Regard sur l’armée”), une page d’information spécialisée sur les affaires militaires qui dépend du site nationaliste Guanchazhe.

Interrogé par le quotidien singapourien Lianhe Zaobao, Zhu Feng, doyen de la faculté des relations internationales de l’université de Nankin, estime que ce tir a surtout servi à envoyer un message à Washington et à ses alliés impliqués dans les confrontations en mer de Chine méridionale, et à leur rappeler “la capacité de Pékin à défendre ses intérêts en matière de sécurité”. Pour Shen Ming-shih, de l’Institut de recherche sur la défense et la sécurité de Taïwan, “la Chine démontre cette fois-ci sa capacité à frapper le territoire américain, ainsi que la force de dissuasion nucléaire qu’elle peut opposer à Washington”.