En direct Samedi 20 Juin 2026
Géopolitique

La Guyane et les hydrocarbures. Entretien avec Georges Patient

Sénateur de la Guyane, Georges Patient défend une proposition de loi — adoptée au Sénat le 21 janvier — levant partiellement l’interdiction d’explorer et d’exploiter les hydrocarbures dans les outre-mer. Au nom de la souveraineté énergétique et d’une « justice territoriale », il

  • Sénateur de la Guyane, Georges Patient défend une proposition de loi — adoptée au Sénat le 21 janvier — levant partiellement l’interdiction d’explorer et d’exploiter les hydrocarbures dans les outre-mer.

  • Au nom de la souveraineté énergétique et d’une « justice territoriale », il veut donner à la Guyane les mêmes leviers de croissance que ses voisins (Guyana, Suriname, nord du Brésil), engagés dans un boom pétrolier.

  • Au-delà du pétrole, l’entretien aborde la demande d’autonomie institutionnelle, le poids de l’État jacobin, le « traitement médiatique » indépendantiste et le rôle de la Guyane en Amérique du Sud.

Entretien avec Georges Patient, sénateur de la Guyane. Propos recueillis par Hugues-Marie Foissey

Adoptée au Sénat le 21 janvier dernier, votre proposition de loi visant à lever partiellement l’interdiction de recherche, d’exploration et d’exploitation des hydrocarbures dans les outre-mer a été débattue à l’Assemblée le 11 juin. Quels sont les enjeux de cette initiative parlementaire pour le territoire guyanais et pour la France dans son ensemble ?

L’enjeu majeur est de concilier souveraineté nationale, justice territoriale et développement économique.

Pour la France, il s’agit d’un enjeu de souveraineté énergétique. Malgré l’objectif de neutralité carbone en 2050, notre pays consommera toujours entre 40 000 et 100 000 barils par jour pour des usages sans alternative. Plutôt que de dépendre d’importations coûteuses provenant de pays parfois non démocratiques aux normes environnementales moindres, nous devons pouvoir produire nos propres ressources sous un contrôle strict.

Pour la Guyane, cette initiative vise à réparer une injustice. Nos voisins — le Guyana, le Suriname et le nord du Brésil — connaissent un boom économique sans précédent : le Guyana a perçu 2,5 milliards de dollars en 2025 grâce à son fonds souverain, et TotalEnergies prévoit d’investir 10 milliards de dollars au Suriname, avec 6 000 emplois à la clé.

La Guyane est le seul territoire du plateau des Guyanes privé du droit de connaître et d’exploiter ses ressources.

La Guyane française peut-elle aussi connaître un boom économique similaire à celui qui transforme le Guyana, et bientôt le Suriname et le nord brésilien ?

Le vote de cette loi ne garantit pas à la Guyane un développement équivalent. Il lui garantit de pouvoir finir les recherches exploratoires interrompues en 2018 suite au vote de la loi Hulot. Cela prendra du temps, quelques années. C’est seulement au terme de ces recherches qu’on pourra se prononcer sur l’exploitation des éventuelles ressources présentes dans le sous-sol marin de la Guyane.

Ce texte ne remet en cause ni la politique de transition énergétique ni l’objectif de neutralité carbone à 2050 de la France. Celles-ci sont d’ailleurs actées par plusieurs textes législatifs, supranational (Règlement de l’Union européenne 2021/1119) et national (Loi Énergie-Climat 2019), et par la Stratégie nationale bas carbone (SNBC), traduite par la troisième programmation pluriannuelle de l’énergie qui vient d’être adoptée. Quelle que soit l’issue du vote en séance le 11 juin, la politique de transition énergétique de la France et l’objectif immédiat d’une baisse de 50 % des émissions de carbone en 2030 ne changeront pas. Nous continuerons à pousser l’électrification de nos usages, notamment pour le transport, nous continuerons à favoriser la rénovation énergétique des bâtiments et nous continuerons à investir pour la décarbonation de la production d’énergie.

Article précédent Soudan : les drones sont au coeur de la bataille Article suivant Vidéo – Irak : le pays que l’Amérique a brisé. Loÿs de Pampe…

Commentaires (0)

Laisser un commentaire

0 / 2000 caractères

Aucun commentaire. Soyez le premier !