Le ministre de l’intérieur jamaïcain, Horace Chang, a confirmé, mardi 16 juin, que le pays avait signé un protocole d’accord avec le département de la sécurité intérieure des Etats-Unis pour accueillir des personnes expulsées originaires de pays tiers. La Jamaïque accepterait toutes les deux semaines jusqu’à 25 personnes.
Ces individus, a précisé M. Chang, ne seront pas placés en détention, bien que les modalités de leur hébergement restent à définir. Les conditions d’une éventuelle compensation pour leur accueil sont également en cours de négociation. Si l’accord est finalisé, la Jamaïque rejoindra le Mexique, le Salvador, l’Ouganda et plusieurs autres pays ayant accepté d’accueillir des migrants originaires de pays tiers expulsés des Etats-Unis.
Dans le cadre de sa politique de répression de l’immigration, l’administration Trump a eu recours à une série d’accords secrets pour expulser plus de 19 000 personnes vers des pays tiers, selon le groupe Third Country Deportation Watch. Certaines se sont retrouvées dans des nations dont elles ignoraient jusqu’à l’existence.
Eviter des sanctions
Cette initiative a suscité l’opposition du Parti national du peuple (PNP), qui a accusé le gouvernement jamaïcain d’avoir tenu ces négociations à l’écart du public. Le PNP a déclaré qu’accueillir ces migrants faisait peser un risque sur la sécurité intérieure, le prestige international et les infrastructures sociales fragiles de la Jamaïque.
De son côté, le ministre de l’intérieur a affirmé que « la Jamaïque, comme toute nation souveraine, est tenue par le droit international d’accepter le retour de ses propres citoyens », et a précisé « ce nouvel arrangement ne signifie pas que des ressortissants de pays tiers seront simplement débarqués sur nos côtes. Il s’agit d’un processus structuré et encadré visant à faire transiter ces individus par la Jamaïque vers leur destination finale », établissant une distinction entre le rapatriement de ressortissants jamaïcains et la prise en charge de citoyens étrangers.
Cette inflexion diplomatique observée à Kingston reflète une tendance plus large au sein des Caraïbes, où plusieurs gouvernements ont discrètement conclu divers accords avec les Etats-Unis pour éviter des sanctions économiques ou des restrictions de voyage paralysantes.
Expulsions illégales
En février, un tribunal fédéral de district américain avait jugé illégale la politique d’expulsion vers des pays tiers, estimant que les Etats-Unis ne peuvent pas transférer des migrants vers des pays non désignés sans préavis adéquat, mais cette politique continue d’être appliquée dans l’attente de l’issue de la procédure d’appel. Un porte-parole du département de la sécurité intérieure des Etats-Unis a déclaré que l’administration « utilise toutes les options légales » pour procéder aux expulsions.
Pour les critiques et les défenseurs des droits humains, les risques juridiques et humanitaires liés à ces accords avec des pays tiers sont illustrés par le cas d’Orville Etoria, un ressortissant jamaïcain expulsé des Etats-Unis.
M. Etoria, qui vivait aux Etats-Unis depuis près de cinquante ans après y être arrivé enfant en 1976, s’est vu retirer sa carte de résident permanent à la suite d’une condamnation pénale. Au lieu d’être rapatrié en Jamaïque, il a été envoyé en Eswatini en juillet 2025. A son arrivée, M. Etoria et quatre autres ressortissants de pays tiers ont été privés de toute procédure régulière et placés en détention indéfinie au complexe pénitentiaire de Matsapha, une prison de haute sécurité. Ce n’est qu’après deux mois d’intenses démarches diplomatiques de la part du gouvernement jamaïcain, qu’il a été rapatrié en Jamaïque.