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“Les Brebis égarées” de Madeline Cash, hilarant portrait d’une famille en crise

Tout juste traduit en français, le premier roman de Madeline Cash est salué par la presse américaine comme “un mélange des genres qui emprunte aussi bien à celui de la famille malheureuse qu’à une variante bien plus récente : le roman en ligne”.

“Les Brebis égarées” de Madeline Cash, hilarant portrait d’une famille en crise
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Littérature. “Les Brebis égarées” de Madeline Cash, hilarant portrait d’une famille en crise

C’est l’histoire d’une famille dysfonctionnelle qui vole en éclats après que Bud et Catherine – mais surtout Catherine – ont décidé de s’essayer au couple libre.

Un arrangement que Bud prend d’autant moins bien qu’il implique le voisin. Au point qu’il s’en remet au curé qu’il sollicite “pour un ami” au bord du suicide – et inquiet du salut de son âme.

Pour le quotidien américain The Washington Post, Les Brebis égarées de Madeline Cash (traduit aux éditions Denoël) “est un mélange des genres, qui emprunte aussi bien à celui de la famille malheureuse qu’à une variante bien plus récente : le roman en ligne”.

Le succès de ce premier roman – dont les droits pour une adaptation en minisérie ont déjà été achetés – repose sur une galerie de personnages tour à tour pathétiques, déchirants et hilarants.

Il y a Catherine Flynn donc, la mère de famille, artiste incomprise “qui s’allume un joint avec l’allume-feu à long bec de la cheminée”, “regrette l’époque où on pouvait raccrocher un téléphone en le reposant violemment sur son socle” et dont “même la crise existentielle [est] un cliché répété de génération en génération”.

Il y a aussi les trois filles Flynn.

Abigail (17 ans), très jolie, très bidimensionnelle (à savoir préoccupée par sa beauté et son statut social), se demande souvent “quelles photos d’elle seraient publiées en ligne pas ses amis et sa famille si elle mourait”.

Louise (15 ans), “affligée du sort de l’enfant du milieu”, n’inspire ni “la peur ni l’admiration autour d’elle, quoi qu’elle fasse”, et se réfugie auprès d’un confident numérique nommé “Sincèrement vôtre”.

Quant à Harper (12 ans), elle apprend en autonomie une demi-douzaine de langues et ne souscrit pas “à l’idée que certaines choses sont ce qu’elles sont”. Et, après avoir passé au peigne fin les comptes de son père, elle est persuadée que les irrégularités qu’elle y a trouvées cachent un lourd complot (et elle a raison).

“Les personnagesde Madeline Cashsont crédibleset bien définis.Contrairement aucélèbre principeénoncé par Tolstoï[dans Anna Karénine],cette famille malheureuseressemble à bien d’autressur de nombreux aspects.”

Le magazine américain The Atlantic

Il y a aussi Mlle Winkle, mère célibataire qui coordonne le groupe de parole éponyme, mais aussi un prêtre (le père Andrew), obsédé par les mites et la nouvelle vague.

Et enfin, un épais mystère à base de milliardaire tout-puissant (littéralement) assoiffé de sang.

“Prise en étaupar l’individualisme,la désaffectionet les cloisonnementsentre sous-culturesde ses membres,la famille Flynn,en pleine décomposition,partage un lien de parentéavec les acteursdes grandes histoiresclassiques de famillesmalheureuses.”

Le magazine américain The Atlantic

Pour le magazine américain The Atlantic, ce qui distingue Les Brebis égarées des autres romans convoquant Internet, c’est que “le lecteur passe du temps avec la famille de quelqu’un d’autre, et non sur la page ‘Pour toi’ de quelqu’un d’autre.”

“Avec sa prose dynamique et son imagination débordante, Cash ne se contente pas d’observer le monde, elle le réinvente”, tranche le magazine américain The New Yorker.

“On découvre comment les théories du complot, les inconnus en ligne et les idées floues sur le couple libre ont une incidence sur les Flynn, sans avoir à subir ces évocations pantoises de l’esthétique d’Internet, ni tous ces faux tweets et publications Instagram grognons qui affligent tant de romans”, poursuit The Atlantic.

“Ce qui empêcheLes Brebis égaréesde tomber dansce genre d’ornières,c’est l’affection évidenteque Madeline Cashporte à ses personnagesexcentriques, qui sonten fâcheuse posture.”

Le quotidien américain The New York Times

Tout est à la fois un peu cliché et terriblement crédible : de la mère qui fantasme sur l’artisan chargé de réparer la salle de bains dont elle imagine la “bonne vieille clé Allen”, le “bon vieux cruciforme (Catherine ne connaissait rien aux outils)” à la mauvaise foi crasse du père Andrew, qui n’est pas malhonnête mais use “avec maîtrise de l’art de l’omission”.

D’ailleurs, s’il adore le cinéma français, c’est surtout parce qu’à l’époque “il y avait moins de restrictions et beaucoup plus de cigarettes fumées à la chaîne, seins nus sur la plage”.

“Un roman est en soi une petite conspiration, un assemblage délirant d’histoires, de personnages et de motivations, avance Vulture. Même si, dans le cas présent, l’ouvrage pèche parfois par son manque de cohérence, avec notamment sa théorie du complot, il donne matière à réflexion et procure bien plus que quelques éclats de rire.”—

Éloïse Duval
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