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Octobre de nos malheurs!

Par Robert Lodimus Thomas Sankara Patrice Lumumba Che Guevara _________________________________ « Ce qui est terrible, ce n’est pas de souffrir ni de mourir, mais de mourir en vain. » (Jean-Paul Sartre) Pour les combattants de la Liberté, octobre, […] The post Octobre de nos malheurs! first a

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26 octobre 2026
Octobre de nos malheurs!
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Octobre de nos malheurs!

  • by Rezo Nodwes
  • 26 octobre 2026
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Par Robert Lodimus

 « Ce qui est terrible, ce n’est pas de souffrir ni de mourir, mais de mourir en vain. »

     Pour les combattants de la Liberté, octobre, outre le symbolisme de la Révolution des bolcheviks qu’il renferme, demeure un mois de martyrologie. Le 9 octobre 2026, les masses populaires anti-impérialistes ont salué la mémoire de l’illustrissime Ernesto Che Guevara. Depuis 59 ans, elles ne se sont jamais lassées d’accomplir cet acte majestueux de commémoration honorable à l’endroit de ce Héros légendaire qui caressait un « Rêve de Justice sociale » incomparable, qui avait élaboré un « Projet politique » d’une audace rationnelle, au moyen duquel – très certainement – les pauvres de l’humanité seraient parvenus à refaire leur visage entaillé et amoché par le « mal vivre » systématisé. Le capitalisme n’a-t-il pas institutionnalisé la « pauvreté » à l’Ouest et la « misère » à l’Est ? À l’instar du Charpentier de Nazareth, Ernesto Guevara est mort pour la Rédemption sociale, économique et politique des peuples dépouillés de leurs droits, des êtres humains bestialisés, enfermés çà et là dans les enclos des puissances dominatrices : de pauvres hères qui regardent leur avenir à travers des prismes de désillusions et d’abattements. Par son intelligence, sa force, sa conviction, sa générosité, ce guerrier impavide ne pouvait être qu’un « être mystérieux, surhumain, extraordinaire » envoyé sur la terre, parmi les mortels, afin de remplir auprès des misérables une mission de salut collectif, de régénérescence populaire, de « réconfortation » massive. 

     Heureusement que le crime abominable dont la CIA et René Barrientos se sont rendus coupables, en abattant  l’« Arbre » de la philosophie, de l’idéologie guévarienne, n’est pas arrivé à détruire les racines des espoirs et des perspectives d’une Révolution mondialisée. Depuis la grande tragédie de la Higuera, les peuples vaillants, déterminés à lutter jusqu’au bout contre les États dominants, ont enfoui dans les terres de l’Afrique, de l’Amérique, de l’Europe, de l’Asie et de l’Océanie des milliers de plantules de résistance sociale, de militance politique,  et de changement universel qui viendront éclore tôt ou tard dans la « nuit des pétarades » pour le « grand chambardement  » dont parle Richard Brisson dans « Collection du verbe présent ». Le nom du Che sera auréolé davantage de Gloire, d’Honneur, de Mérite et de Respect. 

     Le 9 octobre 2026, l’écrivain et journaliste français Régis Debray a dû une fois de plus se sentir mal dans sa peau. « Danton » – de son nom de guérillero dans la forêt bolivienne aux côtés du Che – n’est-il pas condamné à vivre et à mourir avec les remords d’avoir trahi ses camarades et causé leur perte en Bolivie. Guevara disait lui-même – avant sa capture – que Régis Debray – lors de sa détention – avait « parlé plus que nécessaire »? Le Commandante avait reconnu que le Français n’avait pas l’étoffe de bravoure que porte un guérillero. Un individu infléchissable. Capable de franchir la frontière de la mort comme un « Samouraï » dévoué à la cause de son suzerain.

     Che Guevara n’a pas eu le temps de voir les effets dévastateurs du dernier salaud mis au monde par le capitalisme satanique qu’il traquait inlassablement sur le terrain de sa guérilla : le néolibéralisme. Le nouveau monstre de la finance et de  l’économie occidentale circule avec le chapeau du keynésianisme controversé. Par l’entremise du Fonds monétaire international (FMI), de la Banque mondiale (BM), la dictature de la « mondialisation » se déplace avec un florilège d’exigences imposées aux États émergents et aux pays en voie de développement, dans le cadre d’un « programme ruineux » que les philosophes du système qualifient de « plans d’ajustement structurels (PAS) ». Che Guevara serait aujourd’hui encore plus révolté des situations de dégradation sociétale, de corruption et de coercition politique, de crimes d’État, d’invasion des territoires sans protection militaire, d’exécution sommaire des dirigeants, des militants et des activistes politiques qui revendiquent l’autodétermination pour leur nation, et de tous les autres cas rapportés depuis la fin du 20e siècle dans les colonnes des médias locaux et étrangers. 

     La semaine dernière, les Haïtiens n’ont pas défilé à Pont-Rouge devant l’emplacement sépulcral du père de la patrie, Jean-Jacques Dessalines. Le mémorial du Libérateur des esclaves, abandonné à l’indifférence des gouvernements post jean-claudiens, est presque enfoui sous un amas de déchets. Tout perd sa valeur symbolique dans cet « endroit » réduit à l’ « état de méprisabilité ». Comment pouvait-il en être autrement dans une République livrée honteusement – comme son fondateur – au « malfratisme politique »?  Le 17 octobre 1806, la mort avilissante de l’empereur Dessalines causa les mêmes réactions dans le monde que le meurtre de Guevara. Il y eut des pleurs et des rires. De la tristesse et de la joie. Du regret et de la satisfaction. Comme dans d’autres circonstances, ce sont les appauvris, les marginalisés, les exploités, les vulnérabilisés qui demeurent les seuls désavantagés. Les uniques victimes. Les grands perdants. Le combat politique, la réforme socioéconomique de Dessalines et de Guevara visaient les démunis. Les « damnés de la terre », pour évoquer Frantz Fanon. Ne s’agissait-il pas de rendre avant tout aux individus encastrés dans les geôles du « capital » leur dignité humaine et leurs libertés originelles ? Dans l’univers absurde du néolibéralisme, travailler devient pour les ouvrières et les ouvriers, pour les métayers ou les paysans sans terres,  un puissant instrument d’aliénation multidimensionnelle. Albert Jacquard écrit que « le véritable remède contre le chômage est qu’il n’y ait plus de travail pour personne, mais pour chacun une place dans la société. »

     Ainsi, chaque individu aurait le privilège de servir son pays avec sa compétence, son énergie, son intelligence, son savoir-faire, sa capacité physique, sa puissance spirituelle, ses qualités et ses défauts, sans pression et sans contrainte. Quand un être humain est réduit à vendre sa « force de travail » au « capital » pour apporter des pilons de poulet, une petite portion de riz, une poignée de maïs et du hareng-saur émincé à son épouse et à ses enfants, ne se sent-il pas humilié par l’État de son pays? En peu de temps, son âme est déjà mûre pour la révolte, pour l’insurrection et pour l’émeute. C’est là qu’entrent en jeu les idéologues, les philosophes révolutionnaires, les syndicalistes progressistes – comme Luiz Inácio Lula da Silva –  qui détiennent la responsabilité de façonner la conscience des prolétaires sur les lieux de leurs activités d’emploi  ou dans leur ajoupa. Cela nous rappelle « Les Saints vont en enfer » de Gilbert Cesbron. Les deux prêtres, Bernard et Pierre, ont accepté de partager le quotidien des travailleurs dans les usines d’assemblage et de sous-traitance, dans le but de les conscientiser au sort que la  bourgeoisie industrielle leur a réservé.  Analysant les crimes de la mondialisation, et en soulignant également ses mérites contestables, Joseph Stiglitz, Prix Nobel  de l’économie, remarque : 

     « Les capitaux spéculatifs, dont l’afflux et le reflux suivent si souvent la libéralisation des marchés financiers, laissent le chaos dans leur sillage. Les petits pays en développement sont comme de petits bateaux. Avec la libéralisation rapide des marchés des capitaux effectuée comme l’exigeait le FMI, on leur a fait prendre la mer par gros temps avant qu’ils aient pu colmater les trous dans la coque, apprendre son métier au capitaine et embarquer les gilets de sauvetage. Même dans le meilleur des cas, il y avait une forte probabilité de naufrage quand ils seraient frappés de plein fouet par une grosse vague [1]. »

     La République d’Haïti a été touchée en pleine face par la tempête de la politique néolibérale durant le premier mandat de René Préval. Avec l’aide de Leslie Delatour, Préval a démantelé toutes les structures solides, vitales qui soutenaient les édifices de la fonction publique. Des fonctionnaires compétents ont été remerciés avec de maigres compensations financières, dépouillant l’État, de ce fait, de nombreux  cadres formés, compétents et expérimentés. Le Fonds monétaire international (FMI) exigeait le dégraissage du secteur public, avant de consentir  des prêts au gouvernement Préval/Alexis. Des milliers de gens jetés pêle-mêle sur le pavée du chômage, l’insécurité sociale et économique montrait des signes d’aggravation. Le banditisme installé à Port-au-Prince avec le règne des militaires avait fait des bonds spectaculaires. Il y eut,  entre les années 1995 et 2000, une escalade de crimes politiques et de droit commun. La police nationale elle-même était fréquemment citée – jusqu’à présent d’ailleurs – pour son éventuelle implication dans des actes d’assassinat politique, des opérations de rapine, des situations de vol,  et des cas d’escroquerie. 

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