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Géopolitique

Pakistan : la diplomatie de la médiation au miroir des tourments domestiques

Une cérémonie de signature de l’accord USA-Iran annoncée à Genève le 19 juin 2026, présentée par Islamabad comme une « victoire pour la paix et le dialogue ». Le Premier ministre Shehbaz Sharif associe à ce succès le chef de la Pakistan Army, Field Marshal Asim Munir, ainsi que les chef

  • Une cérémonie de signature de l’accord USA-Iran annoncée à Genève le 19 juin 2026, présentée par Islamabad comme une « victoire pour la paix et le dialogue ». Le Premier ministre Shehbaz Sharif associe à ce succès le chef de la Pakistan Army, Field Marshal Asim Munir, ainsi que les chefs d’État émirati, saoudien, turc et chinois.

  • À rebours de l’esprit de médiation : le 10 juin, l’armée pakistanaise bombarde les provinces afghanes de Kunar, Khost et Paktika, faisant 13 victimes civiles. Depuis février, Islamabad se déclare officiellement en guerre ouverte contre le gouvernement taliban. La frontière pakistano-afghane reste fermée au commerce depuis octobre.

  • Près de 500 incidents terroristes recensés au Pakistan depuis le 1er janvier 2026 pour un bilan d’environ un millier de victimes parmi la population civile et les forces de sécurité. Au Cachemire pakistanais, douze morts à Rawalakot lors d’affrontements entre forces paramilitaires et sympathisants du Joint Awami Action Committee.

La fête nationale du Pakistan (Independence Day of Pakistan) serait-elle célébrée en 2026 avec deux mois d’avance sur le calendrier officiel ? A priori, cela ne sera pas le cas ; mais, à la lecture des propos exaltés émanant du Premier ministre Shehbaz Sharif lundi 15 juin, d’aucuns auraient pu se méprendre, tant le chef de gouvernement déclamait alors haut combien la médiation proposée par la République islamique du Pakistan à sa voisine iranienne et à l’administration américaine s’avérait in fine déterminante. En se laissant griser au-delà de la mesure par la réussite (définitive ?) de cette entreprise, il est vrai ô combien ardue et incertaine, l’ancien chief minister du Punjab nous convaincrait presque que l’humanité tout entière ne doit son salut qu’aux seuls bons soins et à la maestria d’Islamabad.

Lundi 15 juin, lors d’une session nocturne à l’Assemblée nationale annonçant la conclusion d’un accord entre les États-Unis et l’Iran censés mettre fin à un conflit débuté trois mois plus tôt, le chef de gouvernement pakistanais, fier, solennel, détaillait que la cérémonie de signature de cet accord historique se déroulerait vendredi 19 juin dans le cadre neutre propice de Genève, et « si Dieu le veut, elle sera organisée par le Pakistan », précisant à toutes fins utiles :

« Il ne s’agit pas d’un simple accord entre deux pays, mais d’une victoire pour la paix et le dialogue, un succès diplomatique (pour Islamabad notamment…). » (Shehbaz Sharif, Premier ministre pakistanais, 15 juin 2026)

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Une médiation extérieure pour quels dividendes domestiques ?

Se gardant de s’attribuer tout le mérite d’un pareil résultat, S. Sharif associa dans son envolée divers autres acteurs dont le concours et la pugnacité furent eux aussi essentiels, mentionnant plus spécialement le Sheikh émirati Tamim bin Hamad Al-Thani (pour son « rôle positif »), le prince saoudien Mohammed bin Salman bin Abdulaziz Al Saud et le chef de l’État turc Tayyip Erdogan (pour leur « leadership et leur coopération »), sans omettre de louer, naturellement, le concours de l’influent allié stratégique du Pakistan, la République populaire de Chine du président Xi Jinping.

Sage autant qu’avisé — prudent, diront certains —, le Premier ministre pakistanais partagea également ce (rare) moment de félicité diplomatique du « pays des purs » avec l’influent patron de la Pakistan Army, l’ambitieux Asim Munir, ce « great son of the soil » qui se consacra « jour et nuit à éteindre les flammes de la guerre et à œuvrer pour rétablir la paix », demeurant selon le cadet de la fratrie Sharif « éveillé jour et nuit » durant cette longue et agitée période. La conclusion heureuse de cet accord et cette apologie devant la nation et les médias du monde entier l’aideront assurément ces prochains jours à trouver un repos réparateur amplement mérité. Ce, si bien entendu, la panoplie éloquente de tourments politiques, sécuritaires, sociaux, et autres fragilisant la scène domestique pakistanaise — auxquels il convient d’ajouter l’inquiétante problématique pakistano-afghane du moment — ne peuplent pas de cauchemars les nuits du très déterminé Field Marshal.

À des lieues de toute médiation : nouvelle confrontation armée avec Kaboul

Il y a quelques jours encore, il ne s’agissait pas de chercher du côté de Kaboul (autorités talibanes, opinion publique et presse confondues) un quelconque satisfecit pour la médiation d’Islamabad dans le conflit se déroulant dans la République iranienne voisine. Ainsi, le 10 juin, le gouvernement intérimaire taliban de l’Émirat islamique d’Afghanistan déplorait en des termes simples et courroucés :

« La nuit dernière, l’armée pakistanaise a de nouveau violé l’espace aérien afghan et bombardé des habitations civiles dans les provinces de Kunar, Khost et Paktika (frontalières du territoire pakistanais). Ces attaques ont fait 13 victimes : des enfants, une femme et un homme âgé. » (Gouvernement intérimaire taliban, 10 juin 2026)

Pour Islamabad (ministère de l’Intérieur) et Rawalpindi (QG historique de la Pakistan Army et de ses services de renseignements), les frappes aériennes sur le sol afghan intervenaient en réponse à l’attaque visant la veille un poste de sécurité dans la région de Hasan Khel (province pakistanaise de Khyber Pakhtunkhwa) par des talibans pakistanais (TTP), à l’origine, selon les autorités pakistanaises, de violents affrontements qui coûtèrent la vie à une demi-douzaine de personnels de sécurité.

On se remémorera ici, suite à une recrudescence des attaques terroristes contre des civils et les forces de sécurité sur le sol pakistanais, qu’Islamabad déclarait publiquement en février être en guerre ouverte contre le gouvernement (taliban) afghan, coupable à ses yeux d’autoriser la présence en Afghanistan des terroristes pakistanais du TTP. Rappelons ici d’un mot également que depuis octobre dernier, la très volatile (et poreuse) frontière entre le Pakistan et l’Afghanistan demeure fermée au commerce bilatéral.

Une posture très éloignée de tout esprit de médiation.

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Manifestation et répression violente au Cachemire sous administration pakistanaise

Début juin, à Rawalakot (partie de l’ancienne principauté du Cachemire administrée par le Pakistan), deux jours avant une importante mobilisation populaire locale programmée (le 9 juin) par une entité de la société civile, une douzaine d’individus perdaient la vie (plusieurs dizaines d’autres étaient blessés) lors d’affrontements entre forces de police / paramilitaires, faisant face, dans une tension particulière laissant craindre le pire, aux sympathisants du Joint Awami Action Committee (JAAC).

On s’interrogera ici sur le fait que deux jours avant ce déferlement de violence et de répression, le gouvernement régional du Azad Jammu et Cachemire pakistanais avait interdit le JAAC (en vertu d’une loi antiterroriste), et conseillé aux touristes (locaux et étrangers) de quitter toutes affaires cessantes la région, les autorités avançant que cette entité « est impliquée dans des actes de terrorisme, a agi d’une manière préjudiciable à la paix et à la sécurité de l’État, a contribué à créer l’anarchie dans l’État en intimidant le public, en incitant à la haine et en créant un sentiment d’insécurité au sein de la société et du grand public ». Rien que cela.

Précisons utilement, alors que se profilent fin juillet au Azad Jammu et Cachemire pakistanais des élections législatives, qu’une des principales revendications du JAAC concerne la suppression des 12 sièges à l’Assemblée réservés aux réfugiés du Cachemire sous administration indienne résidant au Pakistan, le JAAC soutenant que ces sièges réservés permettent en réalité aux grands partis politiques nationaux pakistanais de dominer la gouvernance locale.

Le 7 juin, la Cour suprême du Azad Jammu et Cachemire pakistanais statuait que les 12 sièges réservés en question sont constitutionnellement protégés ; seul un amendement constitutionnel peut abolir leur statut particulier… tandis que, parallèlement, le ministre pakistanais de la Défense appelait les manifestants locaux à « faire preuve d’une loyauté totale envers l’État ».

Chaos, explosions et destructions : un fléau terroriste sans conciliation (ni fin)

Lundi 15 juin, si les autorités pakistanaises étaient en verve pour célébrer publiquement leur participation à la médiation dans le conflit Iran–États-Unis, au niveau médiatique, elles se montrèrent bien plus taiseuses sur les derniers événements du jour et l’empreinte funèbre d’un terrorisme sans fin ni limites. La veille au soir, dans la province de Khyber Pakhtunkhwa (région de Mirbagh, un district frontalier de l’Afghanistan exposé aux violences terroristes et sectaires ces dernières années), deux civils étaient abattus (35 autres individus blessés, dont une quinzaine de policiers) lors d’une attaque contre un poste de police imputée aux talibans pakistanais (TTP).

Une attaque mortelle de plus parmi une effroyable autant qu’infinie kyrielle de drames similaires nourrissant la spirale terroriste du cinquième pays le plus peuplé du globe, à l’instar des récents incidents synthétisés ci-après : le 24 mai, au Baloutchistan, un attentat suicide à la voiture piégée contre un train transportant des membres des forces de sécurité pakistanaises et leurs familles faisait plusieurs dizaines de morts ; un attentat revendiqué par le groupe séparatiste-terroriste de la Balochistan Liberation Army (BLA). Quelques jours plus tôt, dans le district de Bajaur (province de Khyber Pakhtunkhwa), des hommes armés ouvraient le feu sur deux policiers accompagnant des personnels de santé vaccinant les enfants contre la polio, tandis que deux autres policiers en service étaient froidement abattus à Kohat et Dera Ismail Khan. Le 12 mai, une explosion sur un marché bondé de Naurang Bazar (province de Khyber Pakhtunkhwa) faisait une dizaine de morts et plusieurs dizaines de blessés. Le 9 mai, à Bannu (Khyber Pakhtunkhwa), un commando terroriste faisait exploser un véhicule piégé près d’un commissariat, tuant 15 policiers ; un attentat revendiqué par une entité terroriste parente du TTP (Ittehad-ul-Mujahideen Pakistan).

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Médiation, priorisation et raison

Depuis le 1er janvier, sur les 881 913 km² du territoire pakistanais, on recense avant même le terme du 1er semestre près de 500 incidents terroristes responsables d’un bilan humain effroyable (près d’un millier de victimes parmi la population civile et les forces de sécurité).

« Nul doute que la population de cette seconde nation la plus peuplée du sous-continent indien payant le prix fort de ses divers tourments souhaiterait en priorité — et de loin — voir ses responsables (politiques et militaires) se féliciter de succès probants en matière de lutte anti-terroriste, de reprise du dialogue avec l’opposition politique, de discussions moins belliqueuses avec Kaboul et New Delhi. »

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