“Quand le football chinois parviendra-t-il à se qualifier pour la Coupe du monde ?” s’interroge Liu Jing dans le dans l’édition sinophone du Financial Times. La question hante quelque 228 millions de supporteurs chinois. Alors que l’équipe féminine a participé à huit éditions du Mondial, dont une finale en 1999, la sélection masculine chinoise de football n’a pas été revue sur le terrain de la Coupe du monde depuis 2002, année où le tournoi était organisé par le Japon et la Corée du Sud. À l’époque, elle avait perdu ses trois matchs : 0-2 contre le Costa Rica, 0-4 contre le Brésil et 0-3 contre la Turquie.
Pour expliquer la faiblesse du football masculin chinois, l’auteur, professeur à la Changjiang Business School, à Pékin, passe au peigne fin les points forts et les points faibles du “système sportif d’État” : si la Chine est devenue l’une des nations les plus médaillées aux Jeux olympiques ces dernières années, c’est surtout dans les disciplines où “l’environnement est fixe, les mouvements peuvent être standardisés et où l’évaluation repose sur des critères objectifs précis”. Ainsi, dans des sports comme la gymnastique, le tir, la marche ou l’athlétisme, “la Chine fait pratiquement la loi”, assure-t-il.
À l’instar de la plongée, chaque geste peut être affiné en des dizaines de paramètres techniques, que les entraîneurs analysent image par image, et grâce auxquels les sportifs peuvent atteindre la perfection à l’aide de dizaines de milliers de répétitions. Or, pour l’auteur, le football est la “forme ultime des compétences ouvertes”, où la capacité d’un sportif ne peut être ni standardisée, ni quantifiée, ni acquise par la répétition d’un seul et même geste.
Liu Jing met en avant cette caractéristique commune du Brésil et de l’Argentine, deux des pays qui ont le plus de talents footballistiques au monde : les enfants jouent au football dans de multiples contextes dès qu’ils apprennent à marcher. D’après lui, c’est “la capacité à improviser et à s’adapter à des situations” que ces enfants apprennent. Ces qualités, essentielles dans le monde football, ne s’acquièrent pas dans le “système sportif d’État”.
Un problème de “terreau culturel”
En outre, l’ascension sociale s’obtient essentiellement par la voie des études en Chine, ce qui limite en partie le développement du football dans le pays. Car, pour espérer devenir professionnel, un footballeur doit en général investir dans son entraînement un temps considérable dès l’âge de 6 ou 7 ans, ce qui a inévitablement des répercussions sur les résultats scolaires. L’auteur cite comme exemple l’Argentine, où jouer au football est une activité naturelle, et où pour de nombreux parents il n’est pas naturel de rappeler à la maison un enfant qui joue au football pour faire ses devoirs. “Ce terreau culturel est pratiquement inexistant en Chine”, observe-t-il.
Même si, d’après les derniers chiffres disponibles, il existait 148 700 terrains de football en 2023 à travers la Chine, soit 1,06 pour 10 000 habitants, l’auteur considère que cette donnée présente “une grave distorsion structurelle”. Ces terrains, gérés principalement par des établissements scolaires, sont en effet pratiquement inaccessibles au public.
Pour pouvoir sortir de cette impasse, la Chine devrait, selon l’auteur, élargir la base populaire du football. Il appelle à la construction à grande échelle de terrains de football communaux ouvert à tous, en privilégiant les zones périurbaines et les quartiers urbains défavorisés.
“Il n’y a aucune raison que la Chine n’y arrive pas”, assure Liu Jing, qui souligne qu’une qualification pour la Coupe du monde dépendra surtout du moment où “la société chinoise permettra à davantage d’enfants de choisir, en dehors de leurs études, de faire du football leur voie de vie, dans la dignité et en toute sécurité”.
À ses yeux, il ne s’agit pas seulement d’une question de politique sportive, mais du résultat des interactions entre le système éducatif, la mobilité sociale, l’aménagement urbain et la diversification des métiers. Et il prévient que le chemin pour y arriver sera “plus long que nous ne l’avions imaginé”.
Comment la Chine veut conquérir la planète foot
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