“Bonjour, c’est la première fois que je te parle, et j’en suis ravie. J’espère que le plaisir est partagé.” Voilà comment commence le journal de ma grand-mère en 1939. Elle avait 18 ans et vivait chez ses parents, à Brooklyn. “Comme tu vas le découvrir, je suis quelqu’un de ‘différent’.”
Je n’ai jamais réussi à tenir un journal de manière régulière. Les rares fois où j’ai essayé, j’ai toujours eu l’impression que ce n’était pas moi qui écrivais, mais une personne différente, un double maladroit et rouillé, parfois timoré ou au contraire porté aux envolées lyriques. Ma grand-mère, qui à ce que je sache ne nourrissait aucune ambition littéraire, n’avait pas ce problème.
Son journal déborde de tournures de phrases vivantes et de tranches de vie évocatrices : son trajet pour aller à un bal dans un bus “plein à craquer”, des amis qui s’embrassent à une fête (“Ils étaient collés l’un à l’autre toute la soirée, et quand je dis ‘collés’, c’est un euphémisme”) ou encore des intuitions glaçantes des atrocités à venir outre-Atlantique à mesure qu’Hitler progressait en Europe (le 9 septembre 1939, elle écrivait : “Selon John Gunther, les Britanniques ont tué 1 million de chats et de chiens, parce qu’ils avaient peur de ne pas pouvoir les protéger en cas de bombardements”).
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Et si procrastiner était une sagesse oubliée du Moyen Âge ?
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