Dans le magazine Der Spiegel, Hasnain Kazim, écrivain et journaliste allemand d’origine pakistanaise et lui-même ancien expat, livre une tribune sur un phénomène dont l’ampleur saisit les observateurs de l’Allemagne : le fait que de plus en plus d’Allemands s’installent ou souhaitent s’installer à l’étranger. Bien sûr, il comprend que l’on cherche à quitter son pays si on y est trop mal. “Les gouvernements des pays qui ne parviennent pas à offrir à leurs citoyens une vie digne et sûre devraient avoir honte de chaque personne qui émigre”, écrit-il.

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Mais l’Allemagne, malgré tous ses problèmes, n’est pas selon lui un enfer qu’il faudrait fuir. S’il ne faut pas minimiser les sujets de préoccupation réelle, comme “l’effondrement du système des retraites”, les délais pour obtenir des rendez-vous médicaux, la hausse des cotisations sociales, l’inflation, la hausse du prix et la rareté des logements, on vit tout de même mieux en Allemagne que dans la plupart des pays du monde. En réalité, “dénigrer l’Allemagne semble être devenu un passe-temps national. Et, comme souvent avec les passe-temps nationaux, il me semble que l’important n’est pas tant le fond du problème que le plaisir d’y participer”. Les pays étrangers sont idéalisés et l’Allemagne, plus familière, diabolisée. Et pendant ce temps, les sujets de plainte ne sont pas réglés.

Depuis les États-Unis, Justin Gest, professeur de sciences politiques à l’université Georges-Mason et auteur de nombreux livres sur l’immigration et la démocratie, écrit lui aussi une tribune sur le sujet, dans les pages du Guardian. Les Américains sont si nombreux à vouloir quitter leur pays – en plus de ceux qui y sont contraints – que leur départ fait peser un risque sur l’avenir même de la démocratie américaine. Les économistes ont, depuis des décennies, calculé le coût du “brain drain” ou “exode des cerveaux” en le quantifiant sur le plan économique.

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On parle moins de son coût politique. “Selon mes recherches menées dans 149 pays, écrit Justin Gest, l’exode récent reflète une tendance mondiale plus large : un regroupement des personnes attachées aux valeurs démocratiques vers des pays plus démocratiques – une ‘fuite démocratique’”. Aux États-Unis, il existe en effet un véritable effet Trump. Et le pays perd des partisans de sa démocratie et de ses institutions. Bien sûr l’expatriation relève d’un choix personnel, par ailleurs tout à fait louable quand il s’agit de s’ouvrir au monde, mais il faut aussi en mesurer les conséquences collectives. En d’autres termes, “quitter la démocratie américaine ne contribue guère à la sauver”.