C’est “un retournement de situation sans précédent”, résume le quotidien brésilien Folha de São Paulo. “À deux jours de son 81e anniversaire, Luiz Inácio Lula da Silva a accompli ce qui semblait impossible, ce que personne n’avait fait en quatre décennies de démocratie brésilienne : remporter le second tour d’une présidentielle après avoir été battu au premier et devenir président du Brésil pour la quatrième fois”, souligne El Mundo.
Le président sortant de gauche a été réélu dimanche 25 octobre avec 51,8 % des voix contre 48,2 % pour le sénateur d’extrême droite Flávio Bolsonaro. Le vétéran de la politique brésilienne a déjoué tous les pronostics : son adversaire – fils de l’ex-président Jair Bolsonaro actuellement en prison –, partait légèrement favori dans les sondages, après avoir créé la surprise au début du mois en arrivant en tête au premier tour avec 47 % des voix, contre 45 % pour Lula.
La victoire du leader du Parti des Travailleurs a été annoncée “après un dépouillement haletant”, marqué par une grande confusion après la prolongation de l’ouverture des bureaux de vote de deux heures, raconte El País. Cette décision a été prise par un juge de la Cour suprême, saisie par l’équipe de campagne de Lula. Cette dernière avait dénoncé le fait que des bus aient été retirés de la circulation dans des villes comme São Paulo, dirigée par un maire de droite, ou Salvador de Bahia, empêchant certains électeurs de voter.
La décision de justice a “prolongé l’attente d’un dénouement digne d’un roman de [l’écrivain brésilien] Jorge Amado”, raconte le quotidien argentin de gauche Página 12. “L’épilogue du scrutin a pris des allures de match de football à rebondissements : Lula a d’abord pris l’avantage, Bolsonaro l’a dépassé puis, près d’une heure et demie après la fin de la prolongation électorale, le président a repris l’ascendant, tel un attaquant de pointe”.
“Doutes quant à la fiabilité du scrutin”
Une “remontada historique”, rendue possible par le fait qu’“entre le premier et le second tour, Lula a réussi l’exploit d’accroître son soutien électoral de plus de 10 millions de voix”, note le quotidien argentin. Un “véritable raz-de-marée”, s’enthousiasme Pagina 12, qui note que le parti au pouvoir a “remporté une victoire écrasante dans le Nord-Est, mais aussi dans le Minas Gerais, un État crucial”, le deuxième plus peuplé du pays, où Flávio Bolsonaro “avait pourtant battu Lula au premier tour”.
“Après une campagne de premier tour marquée par des erreurs stratégiques, où Lula s’est davantage concentré sur le passé que sur l’avenir”, le candidat de gauche a changé de tactique avant le second tour, observe El Mundo. “Il a abandonné la glorification de sa propre image et l’omniprésence de sa femme, Janja, et a lancé une campagne intense sur les réseaux sociaux ainsi qu’une forte campagne de mobilisation des électeurs”. Les sondeurs estiment aussi que le taux de participation, plus élevé qu’attendu, a joué en faveur de Lula.
Les Brésiliens “sont allés voter parce que nous avons réussi à les convaincre que le vote était très important pour garantir la démocratie”, a réagi le leader de gauche dimanche soir, depuis la mégalopole de São Paulo, devant une foule en liesse.
Mais le “chaos” lié à la prolongation du vote dimanche “alimentera les interrogations quant à la fiabilité du scrutin, alors que durant toute la campagne, Flávio Bolsonaro a semé le doute sur la sécurité du système électoral”, souligne El País.
Peu après que le tribunal électoral a confirmé la victoire de Lula, le candidat d’extrême droite a déclaré qu’il allait demander l’annulation du vote, rapporte O Globo. “Il est impossible de reconnaître les élections”, a dénoncé Bolsonaro, le visage fermé. Depuis Brasília, il a fustigé une “magouille”, jugeant que le scrutin s’est déroulé de façon “inacceptable”. Selon lui, “beaucoup de choses restent à éclaircir” après la prolongation inédite du vote.
Malgré la contestation du scrutin, l’ampleur du revers subi par l’extrême droite ne fait pas de doute, estime la presse d’Amérique latine.
“Vent de fraîcheur sur l’Amérique latine”
La victoire de Lula a mis dimanche “un frein au bolsonarisme”, souligne notamment le quotidien mexicain La Jornada. L’héritier politique de l’extrême droite brésilienne, “qui pensait déjà avoir un pied au palais du Planalto […] a subi une défaite historique”, note de son côté El Mundo.
En réitérant sa confiance au président brésilien, “le Brésil a stoppé l’extrême droite, l’a mise en suspens, réduisant le volume de sa violence verbale, de sa cruauté flagrante, de sa xénophobie et de son racisme”, se réjouit Pagina 12.
La victoire de la gauche brésilienne à la présidentielle fait aussi “souffler un vent de fraîcheur sur l’Amérique latine, étouffée par le trumpisme”, estime le journal argentin.
C’est notamment un “revers majeur pour Trump qui avait pour projet d’accroître l’influence américaine au sud du Rio Grande”, analyse El País. Le Mexique et le Brésil, “les deux pays les plus peuplés d’Amérique latine” font désormais “office de contrepoids progressiste face au Républicain et à ses voisins”.
Sur le plan intérieur, si Lula est parvenu dimanche à “freiner la montée de l’extrême droite”, il reprend aussi les rênes d’un “Brésil profondément divisé”, rappelle le quotidien espagnol. “Bien qu’il conserve son mandat au palais du Planalto […], il n’est pas arrivé à empêcher les forces de droite d’étendre à nouveau leur présence au sein du parlement”, note la Folha de São Paulo.
Le Parti libéral de Flávio Bolsonaro y est en effet le mieux représenté, avec 121 députés sur 513 et 28 sénateurs sur 81. Face à ce raz-de-marée de la droite, “gouverner sera [pour Lula] un véritable enfer”, prévient El País.
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