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Citadelles, bastions, paysages fortifiés : le nom de Vauban semble si balisé qu’on le croit épuisé. Que reste-t-il à en dire ?
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Conservateur du patrimoine, Jean-Loup Fontana a relevé le défi des éditions Glénat : un livre sur les sites majeurs de Vauban inscrits à l’UNESCO, abordés non par la stratégie militaire, mais par la beauté.
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De la fortification bastionnée née au siège d’Otrante à l’« adéquation entre l’efficacité et la beauté », l’entretien dévoile un Vauban arpenteur de génie, héritier des siècles baroques.
Rencontre avec Jean-Loup Fontana, conservateur du patrimoine, auteur de Vauban. Homme de l’art (Glénat, 2026)
Propos recueillis par Tiphaine Guillotel
Vauban est un personnage qui a été de nombreuses fois étudié. Qu’est-ce que ce livre a la prétention d’apporter ? Qu’apporte-t-il de nouveau dans la connaissance de cet homme ?
Lorsque j’ai été contacté par les éditions Glénat, c’était en 2018, un peu avant le Covid. Ils m’ont dit : on voudrait faire un livre sur les sites majeurs de Vauban et on aimerait que vous écriviez le texte. Ma première question a été : qu’est-ce que les sites majeurs ? Y a-t-il des sites majeurs et, par voie de conséquence, des sites mineurs ? Ils m’ont répondu que ce sont tout simplement ceux qui figurent sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO — présentés par la France uniquement. Voilà ce qui les distingue.
La deuxième chose, ils m’ont dit qu’ils voulaient que ce soit moi qui écrive l’ouvrage, non pas pour ma connaissance particulière de Vauban — il y a des spécialistes remarquables qui connaissent parfaitement le sujet, ce qui n’est pas véritablement mon cas. Moi, je suis conservateur du patrimoine, ce n’est pas une spécialisation particulièrement militaire. Je n’ai même jamais fait mon service militaire ; la chose guerrière et militaire n’est donc pas une partie fondamentale de mon existence, ni personnelle, ni professionnelle, ni intellectuelle, ni même historique d’ailleurs.
En revanche, des fortifications ou des sites fortifiés, il y en a un peu partout dans un pays comme la France, qui est un peu le carrefour de l’Europe. C’est un territoire où ont eu lieu des confrontations depuis les époques les plus anciennes, et qui va donc être doté d’équipements de caractère défensif. Ce qui les intéressait dans ma démarche, c’était ma façon d’approcher les éléments du patrimoine, de les analyser, d’en étudier à la fois l’apparence, le contenu, la signification — « comment c’est fait et à quoi ça sert ? », en quelque sorte.
Avec Vauban, c’était particulièrement intéressant parce que ça m’a obligé à faire le tour de France en 2018-2019, juste avant le Covid. Avec mon épouse, nous avons parcouru environ 30 000 kilomètres sur une année complète. Notre système de travail consistait à prendre une base quelconque : on louait un appartement et on rayonnait tout autour pour visiter des sites. En priorité, bien sûr, les ouvrages de Vauban, mais on en a profité pour voir bien d’autres choses — la tapisserie de Bayeux, par exemple, qui n’a aucun rapport, mais qu’on ne pouvait pas manquer en passant dans le Cotentin.
Vauban, c’est un univers. Ce qui m’intéresse particulièrement, en tant que conservateur du patrimoine, c’est la dimension patrimoniale — moins de savoir à quoi ça sert et comment ça a fonctionné historiquement, que de savoir comment ça a été imaginé, conçu, réalisé. La vraie découverte, c’est toute cette géométrie architecturale — la « cristallographie », comme l’appelait un ami —, parfois très élaborée, qui constitue la fortification bastionnée. Vauban n’en est pas l’inventeur : elle avait été imaginée par un amiral turc à Otrante, à la fin du XVe siècle. Mais un siècle plus tard, Vauban l’a portée à un degré de perfection absolument extraordinaire.
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Vauban n’était pas tellement un stratège au départ, ni un tacticien, mais d’abord quelqu’un qui savait arpenter, c’est-à-dire mesurer en plan les terrains et les restituer en cartographie, puis les niveler et les reporter en coupes. Moyennant quoi, il a été capable de mettre au point des dispositifs défensifs pour les terrains les plus variés et les plus complexes. Pour contrer les nombreuses invasions du XVIIe siècle, Vauban décide de fortifier toutes les frontières de France, ce qu’il appelle créer le « pré carré ». Il livre à Louis XIV cette expression merveilleuse que j’adore.
Plutôt que de voler le papillon dans tous les coins de l’Europe, il vaudrait mieux clôturer le royaume de France, déterminer des lignes frontières et les baliser par des ouvrages défensifs.
Quelles ont été vos motivations pour rédiger cet ouvrage ? On vous a contacté, certes, mais aviez-vous des motivations particulières qui vous ont servi de moteur ?
Dans un premier temps, je leur ai dit qu’il y a des gens qui connaissent le sujet, ce qui n’est pas mon cas. Ils m’ont répondu que j’avais tout le temps pour le découvrir, le connaître et l’approfondir. C’était gentil de leur part, ils m’ont fait confiance.
Et puis je leur ai dit que ce qui m’intéresse, ce qui m’intrigue le plus, ce n’est pas tellement le caractère stratégique ou défensif du travail de Vauban — c’est le caractère esthétique. Je suis conservateur du patrimoine, et les XVIIe et XVIIIe siècles constituent la grande période baroque. Une période infiniment plus riche, plus foisonnante, plus créative qu’on ne l’imagine lorsqu’on la réduit à de petits angelots dorés qui gambadent au fronton des retables dans les églises. Le baroque, c’est beaucoup plus complexe que cela — une période d’une inventivité, d’une créativité, d’une richesse exceptionnelles à tous points de vue. Ce qui le résume le mieux, c’est l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, qui voulait réunir la somme de toutes les connaissances acquises à leur époque.
Vauban intervient là-dedans en ayant parfaitement compris, intégré intellectuellement, mathématiquement et stratégiquement toutes les bases de la fortification bastionnée. Il répond à la demande du Roi-Soleil et de son ministre Louvois en respectant leur souci premier, qui est de briller, de se faire connaître et reconnaître par le monde entier. Il y a d’autres ingénieurs militaires, comme Menno van Coehoorn, qui sont des gens tout à fait extraordinaires et connaissent parfaitement leur métier. Mais Vauban apporte quelque chose en plus.
Ce quelque chose en plus, c’est le souci d’apparence — et l’apparence, pour cette époque-là, c’est la beauté, celle qui m’intéresse le plus. On veut faire quelque chose d’efficace, de solide, qui montre la puissance du souverain qui l’a fait financer — il ne faut pas l’oublier, ça a un coût, ces affaires-là. Mais Vauban ajoute : maintenant, il faut aussi que ça soit beau.
Notre toute première visite illustre parfaitement cela. C’était début février : on prend la voiture, direction Arras, pour visiter la citadelle — ce sera la première œuvre de Vauban de notre parcours. Mais quand on est arrivés à Arras avec un soleil magnifique, qu’on a passé la porte royale et découvert la place d’armes de la citadelle, avec au fond ce que je considère comme un des chefs-d’œuvre de l’architecture classique française — l’arsenal d’Arras —, c’est quelque chose. C’est aussi beau qu’un château Louis XIII. Le jeu des couleurs entre la brique rouge, le calcaire blanc des encadrements et l’ardoise bleue des toitures donne quelque chose d’absolument somptueux. Je me souviens que, lorsqu’on est rentrés à Paris le soir après une visite éblouissante, mon épouse m’a dit qu’elle était parfaitement convaincue et décidée à m’accompagner.
En voyant cela, les choses s’éclairent. Oui, ça a servi, c’était prévu pour soutenir un siège, pour faire la guerre. Mais ce n’est pas le seul but — d’autant que beaucoup de ces œuvres n’ont jamais subi d’affrontements guerriers.
Elles étaient tellement parfaites, tellement démonstratives, qu’elles n’ont servi à rien d’un point de vue militaire.
Certaines ont été bombardées, utilisées, voire rasées ultérieurement pour permettre l’extension des villes. Mais on a conservé des ouvrages majeurs de Vauban précisément parce qu’ils étaient tellement parfaits que personne ne s’est vraiment donné la peine de les assiéger. Et cela a fait évoluer la guerre elle-même : auparavant, c’était une guerre de siège — on amenait de l’artillerie, on bombardait, on faisait tomber les murailles —, mais avec les fortifications bastionnées enterrées, les boulets passaient au-dessus. Ce type de guerre ne fonctionnait donc plus. Par conséquent, elles restent parfaitement intactes et conservent absolument toute leur beauté. C’est vraiment de beauté architecturale qu’il s’agit.
Que voulez-vous que le lecteur retienne à la suite de cette lecture ? Quel est le sujet qu’il vous tient particulièrement à cœur de transmettre ?
Ce que j’espère — et c’est un peu la prétention de tout auteur —, c’est avoir convaincu le lecteur que l’œuvre considérable de Vauban n’est pas une invention ex nihilo, mais un accomplissement, un niveau de perfection de quelque chose. Il y a véritablement de la perfection. Elle correspond à un moment d’intuition intellectuelle et scientifique qui est absolument génial. C’est vraiment ce qui me fascine le plus.
Cela s’inscrit dans ce cadre fascinant des siècles baroques — XVIIe et XVIIIe — que, très curieusement, en France, on a tendance à considérer comme quelque chose d’un peu anecdotique. Alors que c’est le moment où l’on tourne la page de ce qu’on a appelé à juste titre l’obscurantisme médiéval, le moment où s’éteignent les crises phénoménales de la renaissance intellectuelle, spirituelle, religieuse, scientifique. On crée les bases d’une société sur laquelle on peut édifier notre société contemporaine. C’est aux siècles baroques qu’on invente les premières machines à vapeur, les pompes pour extraire l’eau des galeries de mines. On voit se mettre en place toutes sortes de systèmes qui assurent la maîtrise du globe terrestre, des éléments.
Et dans le travail de génie et d’esthétique de Vauban, ce que j’aime énormément, c’est cette adéquation entre l’efficacité et la beauté.
On ne fait pas du beau pour le plaisir : on conçoit quelque chose d’opérationnel, de fonctionnel, en lui adjoignant en plus un vêtement de beauté.
Cet ouvrage est particulièrement bien illustré grâce à de superbes croquis et représentations des forts. Comment avez-vous travaillé avec l’illustrateur ? Quel était votre objectif commun ?
Jean-Benoît Héron : ça a été un bonheur, il n’y a pas d’autre mot, de travailler avec lui sur ce projet. Je me souviens qu’on se connaissait un peu, mais sans plus. Il était venu chez moi à Nice et c’est comme ça que nous avons vraiment fait connaissance, au moment du lancement du projet. Et il m’a proposé une méthode très simple : à partir de mes visites et des photos des ouvrages que je lui envoyais, il pouvait les dessiner et aquareller ses planches.
Quand je lui ai envoyé la façade de l’arsenal d’Arras, dix jours après, j’ai reçu son dessin. Et là, j’ai compris pourquoi l’éditeur Glénat avait choisi de retenir un illustrateur dessinateur plutôt que d’illustrer par des quantités de petites photos. Il n’avait gardé que le beau, le durable des photos que je lui avais envoyées.
Ça a vraiment été un bonheur de travailler avec lui : aller visiter des endroits dans le détail, lui dire ce qui me paraissait intéressant, et immanquablement il m’envoyait un dessin. Comme aurait dit Napoléon, un bon dessin vaut mieux que mille mots. Et c’est véritablement cela : trouver dans la transcription dessinée l’idéal de ce qu’on a vu — l’état conceptuel de l’œuvre telle qu’elle a été réalisée, malgré le fait qu’elle ait été plus ou moins masquée par le temps. Lui vous la restitue telle qu’elle a été imaginée, prévue.
Vous écrivez dans les premières pages que la fortification bastionnée est la conséquence directe des progrès de l’artillerie, et que tout a basculé lors du grand siècle de la guerre. Pourriez-vous développer ce point ?
Je voudrais d’abord préciser que ce n’est pas typiquement ou caractéristiquement français. Vauban est le maître incontestable de la fortification bastionnée, mais elle avait été inventée après le siège d’Otrante par la flotte turque. Voici, très schématiquement, comment tout a commencé.
L’Empire turc souhaitait maîtriser la totalité de la Méditerranée. Il dominait tout le bassin oriental, mais pas le bassin occidental. Pour accéder du côté de la Méditerranée occidentale, il leur fallait une tête de pont sur la péninsule italienne ; ils débarquèrent à Otrante, en face de leur grande base navale, Lépante.
En 1480, Ahmed Pacha — un des plus grands criminels de l’histoire de l’humanité — et ses hommes assiégèrent la ville avec son beau château aragonais médiéval — tours rondes, murailles, plan carré —, et bombardèrent les remparts jusqu’à en faire tomber un angle. Les habitants d’Otrante se rendirent sur promesse de la vie sauve. Mais la deuxième clause du marché, c’était la conversion à l’islam. Ils refusèrent. Ce qui s’ensuivit fut un massacre abominable — plus de 800 crânes sont encore exposés dans la cathédrale d’Otrante aujourd’hui.
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Une fois maître de la ville, le commandant turc comprit qu’il fallait préserver cette citadelle, dite imprenable, de la puissance de feu des canons. Trente ans après la prise de Constantinople, le siège d’Otrante fut un des premiers grands moments de l’artillerie. Il fallait donc reconstruire la fortification en la dotant d’un dispositif qui la mette à l’abri des bombardements de l’artillerie terrestre. C’est là qu’on a véritablement adapté pour la première fois en Europe occidentale le dispositif du bastion.
Le bastion, c’est simple dans son principe : au lieu d’avoir une tour ronde à l’angle de deux murailles — qu’on appelle des courtines —, on avance cette tour par un dispositif triangulaire très effilé, qui permet d’entrer en profondeur dans les terres. Cela permet d’installer des canons sur les terrasses, et donc de couvrir latéralement les murailles : quelqu’un qui attaquerait de front peut être canonné depuis le flanc du bastion voisin. On s’aperçoit que, géométriquement, le plan le plus opérationnel n’est plus le carré de la forteresse médiévale, mais un plan étoilé — notamment le pentagone — qui permet une couverture élargie du territoire et une auto-protection de l’ensemble fortifié.
Ces fortifications ne sont plus des élévations verticales contre lesquelles les boulets viennent frapper. Ce sont des ouvrages enterrés, dissimulés, avec des talus périphériques et des fossés : de cette façon, on ne peut pas traverser un fossé, surtout lorsqu’il est rempli d’eau, avec un canon. Les premiers exemples apparaissent en Italie, notamment en Toscane — l’une des premières villes entièrement dotées de fortifications bastionnées est Lucques. Un certain nombre de concepteurs, dont des prédécesseurs de Vauban comme Jean Errard de Bar-le-Duc ou Blaise de Pagan, ont planifié géométriquement les systèmes les plus adaptés.
Mais le génie personnel de Vauban, son talent éblouissant, a été de dire : vous ne pouvez pas concevoir un système répétitif et applicable partout. Vous devez étudier le terrain — d’où l’intérêt de sa formation initiale dans le nivellement et l’arpentage. Vous devez connaître parfaitement le terrain, son relief, ses ressources en eau, et, à partir de là, concevoir l’ouvrage idéal, celui qui rendra la place inattaquable.
Son génie n’est pas dans la conception, qui lui est largement antérieure, mais de l’avoir portée à son degré ultime de perfection et d’efficacité.
Quel fort recommandez-vous de visiter particulièrement ?
Si vous me permettez, c’est la question piège. Quand on est conservateur du patrimoine, on ne peut pas choisir. Dans un musée, par exemple, on ne peut pas dire « ce tableau est beau, je me moque des autres ». Je ne me lancerai donc pas dans l’exercice tout à fait fallacieux qui consisterait à dire : ça, c’est incontournable, ça, c’est secondaire.
Ceci étant dit, il y a des ouvrages de Vauban qui ont un caractère exceptionnel selon les différentes dimensions que j’évoque — l’efficacité, la beauté, l’histoire. Il y a par exemple une chose qui est fantastique : Besançon. Un site absolument extraordinaire que Jules César avait déjà remarqué dans la Guerre des Gaules. La ville, décrite comme une fortification naturelle, est à l’intérieur d’une grande boucle du Doubs, dans laquelle prend place un synclinal-anticlinal caractéristique du Jura. Il suffit de mettre un mur transversal sur l’étranglement de la boucle, une hauteur bordée de falaises, et la ville devient inattaquable. Vauban en a été un des grands concepteurs, avec cette histoire remarquable : il avait débuté la fortification du site pour Louis XIV, qui dut ensuite rendre Besançon à l’Espagne par traité. Le roi d’Espagne ordonna à ses ingénieurs de réaliser ce que Vauban avait commencé. Après la reprise de la ville par Louis XIV, Vauban reprit le chantier à zéro. Il a fait quelque chose de magnifique, notamment un immense fossé qui défend l’accès à la citadelle — 20 mètres de large, 12 mètres de profondeur, creusés dans le rocher, barrant complètement la falaise. C’est donc un ouvrage stratégique exceptionnel.
Après, il y a des choses fantastiques comme les fortifications du Cotentin — Saint-Vaast-la-Hougue avec l’île de Tatihou —, et puis bien sûr les ouvrages les plus visuellement parlants. Je pense à Longwy, à Neuf-Brisach ou au Mont-Dauphin. On ne saurait négliger non plus le célèbre « verrou de la Gironde », qui permet de contrôler toute circulation sur l’estuaire en s’appuyant sur la citadelle de Blaye, le petit fort Pâté au milieu et, en rive sud, l’ouvrage de Fort-Médoc. Le dispositif, primitivement imaginé par le duc de Saint-Simon, père du célèbre mémorialiste, mettait sous surveillance le port de Bordeaux, jugé trop attaché au commerce avec l’Angleterre.
Il ne faudrait surtout pas oublier la citadelle de Lille — malheureusement difficile à visiter, car toujours domaine militaire. Quand Vauban avait participé au siège et à la prise de Lille, on lui avait demandé la construction d’une citadelle pour préserver la capitale des Flandres dans le royaume de France. Il avait donc conçu une citadelle d’une splendeur absolue, qu’il considérait lui-même comme la « reine des citadelles ». Pour le récompenser, on l’en avait nommé gouverneur.
Il y a aussi de magnifiques ensembles à Briançon, d’une complexité extraordinaire, où Vauban a dû multiplier les ouvrages au fil des décennies en raison des progrès dans la tactique militaire et dans l’artillerie. Dans les Pyrénées, il y a des choses magnifiques. Il y en a partout : Vauban est intervenu sur 170 ouvrages rien qu’en France. Ce qui est difficile, c’est de les éviter. Je crois que c’est en regardant une œuvre de Vauban dans le détail, pas forcément de façon historique, mais pour le plaisir, que ça donne envie d’en voir d’autres.
On avait fait un projet qui n’a pas connu de suite : les ouvrages hydrauliques de Vauban, qui sont tout aussi fascinants. Vauban avait développé une connaissance des ouvrages hydrauliques pour pouvoir, par exemple, inonder l’environnement des places assiégées — c’est le cas avec le barrage Vauban à Strasbourg : en fermant les portes établies sous les arches d’un pont couvert fortifié, on ferme le cours de l’Ill et on inonde toute la plaine en amont. Dans un mètre d’eau, on ne risque pas d’avancer avec des chevaux, des canons et de la poudre.
Et puis il y a des choses fantastiques comme cet aqueduc commandé par Louis XIV pour amener l’eau jusqu’à Versailles — car sur le plateau, il n’y a pas de cours d’eau. On a demandé à Vauban de prévoir un aqueduc qui amènerait l’eau de l’Eure, puisée 40 kilomètres en amont, jusqu’à Versailles. Cela représentait un aqueduc de 9 kilomètres de longueur, qui traverse toute la vallée de Maintenon, où se trouve le château dont Louis XIV avait gratifié madame de Maintenon. Elle trouvait d’ailleurs que cette espèce de caramentran au fond de son jardin était encombrant. Il n’a pas eu les fonds pour terminer cet ouvrage, resté inachevé mais tout à fait extraordinaire. Peut-être ce projet verra-t-il le jour dans l’avenir ?
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