5. Désiré Ecaré, politiser l’exil et le désir
Publié le :
Concerto pour un exil et À nous deux, France ! sont les deux premiers films réalisés par le cinéaste ivoirien Désiré Ecaré en 1968 et 1970. Ces deux films nous plongent dans le quotidien de la diaspora ivoirienne installée à Paris, entre désir d’émancipation, réalité du racisme, quête de liberté et attachement au pays d’origine. Porté par la voix d’Amandine Gay, autrice et réalisatrice, cet épisode mêle archives radiophoniques, extraits des deux films et entretiens inédits avec Juhan Ecaré, musicien et fils de Désiré Ecaré, Amandine Nana, programmatrice et curatrice en art contemporain et Marie-Hélène Banimbadio, programmatrice et créatrice d’Archives-Ivoire. Ensemble, ils retracent l’histoire de ces deux œuvres essentielles du cinéma ivoirien et reviennent sur la manière dont Désiré Ecaré filme l’exil et politise le désir dans le Paris de la fin des années 60.
Désiré Ecaré s’installe à Paris au début des années 1960 et sort diplômé de l’IDHEC, l’Institut des hautes études cinématographiques en 1966. Il y rencontre sa femme Marjatta Ecaré, auprès de qui il se lance dans une carrière de cinéaste.
En 1968, il réalise son premier court-métrage Concerto pour un exil dans lequel il filme l’expérience de l’exil à Paris, et ce qu’elle produit, socialement et intimement, au sein de la diaspora ivoirienne. Avec ce film, il remporte le Grand prix du court-métrage au Festival international du jeune cinéma à Hyères. Une reconnaissance qui le pousse à continuer, mais aussi à se questionner sur sa place en tant que cinéaste africain en France.
L'Afrique est trop neuve pour les Africains. Autant l'Europe se révèle être trop vieille pour eux. C'est en quelque sorte le drame de l'aliénation, le drame de gens inadaptés. J'ai essayé de les justifier en cherchant à comprendre. Et en cherchant à comprendre, j'ai apporté un petit éclairage sur leur vie, sur eux, sur cette nécessité qu'ils ont de vouloir partir. - Désiré Ecaré, cinéaste.
En 1970, il tourne son deuxième film À nous deux, France ! où il s’intéresse aux femmes africaines laissées de côté par leurs compatriotes venus faire leurs études en France. Un film plus mordant et satirique, dans lequel il met en scène le racisme dans sa forme la plus banale, mais aussi la plus hypocrite.
Épisode 1 : « Tabataba ou les bruits d’une révolte oubliée »
Épisode 2 : « Kinshasa ou la belle vie de Mweze Ngangura »
Épisode 3 : « Le Ballon d’or, l’émancipation par le football »
Épisode 4 : « Sambizanga : cinéma de résistance, mémoire de l’Angola »
Épisode 5 : « Désiré Ecaré, politiser l’exil et le désir »
Épisode 6 : « Djibril Diop Mambéty, le cinéaste des petites gens »
Retrouvez tous les épisodes sur Apple Podcasts, Spotify, Deezer, Amazon Music ou toute autre application en utilisant le flux RSS.
Il y montre les mécanismes sociaux, les contradictions, mais aussi les compromissions intimes. Il révèle une société où le désir, le pouvoir et la domination circulent ensemble, souvent sous couvert d’humour.
L'expérience du racisme était très présente dans le quotidien des personnes afro-descendantes en France à l'époque, qui étaient vraiment minoritaires. C'est un racisme qui n'a pas disparu et donc voir ces deux films aujourd’hui nous permet d'avoir aussi une sorte d'approche historique de l'expérience du racisme en France. - Amandine Nana, programmatrice et curatrice en art contemporain.
Après ses deux premiers films, Désiré Ecaré retourne vivre en Côte d’Ivoire. Il exerce différents métiers et sort en 1985 son troisième et dernier film Visages de femmes.
Aujourd’hui, on redécouvre ses films. Les récentes restaurations portées par la société de production Argos Films et la Cinémathèque Afrique de l’Institut français permettent à une jeune génération en France, mais aussi en Côte d’Ivoire de s’en saisir. Ces nouvelles projections ouvrent ainsi un espace de discussion sur la représentation des femmes noires à l’écran, les relations hommes-femmes, le désir d’exil et de retour au pays.
Ce qui m'a intéressé dès le départ, en tant que programmatrice, c’est d'avoir les deux points de vue, car pour moi, les films de Désiré Ecaré poussent à la conversation. Aujourd’hui, ce que je rêverais c'est d'avoir ces deux publics-là réunis pour qu’ils puissent discuter et confronter leurs points de vue. - Marie-Hélène Banimbadio, programmatrice et créatrice du compte Instagram “Archives-Ivoire”
Films :
-
Concerto pour un exil sur IFCinema, en DVD aux éditions de la Traverse.
-
À nous deux, France ! sur IFCinema, en DVD aux éditions de la Traverse.
Archives INA utilisées dans l’épisode :
-
Le 1er film d’un jeune cinéaste ivoirien, Office de coopération radiophonique (OCORA), 1968
-
"Visages de femmes” de Désiré Ecaré, Le cinéma des cinéastes, France Culture, 1985
Article :
-
En marge de Hyères : entretien avec Désiré Ecaré, par Jacques Aumont, Cahiers du cinéma, août 1968
Émission de radio :
-
« Visages de femmes » : un chef d’œuvre du cinéma africain restauré, Tous les cinémas du monde sur RFI, 2022
Remerciements :
Juhan Ecaré, Amandine Nana, Marie-Hélène Banimbadio, Ellen Shafer et Amandine Gay.
Pour la Cinémathèque Afrique de l’Institut français : Cassiopée N’Sondé, Aïssa Diaby, Sarah Moustakim et Marion Thévenot.
Pour RFI : Steven Jambot, Simon Decreuze, Antoine Bonnet, Matthieu Degueldre, Ludovic Dunod et Eugénie Ducret.
Cinéastes d’Afrique est une série écrite par Maxime Grember, réalisée par Simon Decreuze et produite par la cellule podcast de RFI en partenariat avec la Cinémathèque Afrique de l’Institut français.
Suivez toute l'actualité internationale en téléchargeant l'application RFI
-
4. Sambizanga : cinéma de résistance, mémoire de l’Angola Sambizanga est un long-métrage de fiction réalisé en 1972 par la cinéaste française Sarah Maldoror. L’histoire se déroule en Angola en 1961, année qui marque le début de la lutte pour l’indépendance du pays, alors colonie portugaise. On y suit Maria, une jeune femme déterminée à retrouver son mari Domingos, un militant révolutionnaire angolais du MPLA (le Mouvement pour la Libération de l’Angola), arrêté par la police secrète portugaise. Porté par la voix de Makeda Monnet, comédienne et chanteuse lyrique, cet épisode mêle archives radiophoniques, extraits du film et entretiens inédits avec Annouchka de Andrade et Henda Ducados, les filles de Sarah Maldoror. Ensemble, elles retracent l’histoire de ce film emblématique du cinéma angolais des années 70, et reviennent sur la place centrale des femmes dans la lutte pour la libération du pays.17/06/202631:24
-
3. Le Ballon d’or, l’émancipation par le football Le Ballon d'or est un long-métrage réalisé en 1994 par le cinéaste guinéen Cheik Doukouré. Il raconte l'ascension de Bandian, un jeune prodige du football issu de Makono, un village reculé de Guinée. Une histoire inspirée de la vie du footballeur malien Salif Keita, premier joueur à remporter le Ballon d'Or africain en 1970. Porté par la voix de Thierno Souleymane Diallo, réalisateur de documentaires guinéen, cet épisode revient sur l'histoire de l'œuvre en mêlant archives sonores, extraits du film et entretiens inédits avec le réalisateur Cheik Doukouré et l’ancien footballeur et entraineur Claude le Roy.08/12/202526:27
-
2. Kinshasa ou la belle vie de Mweze Ngangura La Vie est belle, co-réalisé par Mweze Ngangura et Benoit Lamy en 1987, est un film emblématique du cinéma zaïrois des années 80. À travers le parcours de Kourou, interprété par Papa Wemba, qui joue ici un jeune musicien venu tenter sa chance à Kinshasa, le film capture l’effervescence d’une capitale pleine d’énergie, où la débrouillardise et la musique rythment la vie quotidienne.Porté par la voix de Gaël Kamilindi, pensionnaire de la Comédie-Française, cet épisode revient sur cette œuvre pionnière en mêlant archives sonores, extraits du film et entretiens inédits avec le réalisateur et le cinéaste et photographe David-Pierre Fila. Ensemble, ils retracent l’histoire d’un film culte qui mêle musique et fiction, pour raconter les espoirs et les luttes d’une société en pleine mutation.14/10/202523:06
-
1. Tabataba ou les bruits d’une révolte oubliée Tabataba, réalisé en 1988 par Raymond Rajaonarivelo, est le premier long-métrage malgache sélectionné à Cannes. Il revient sur l’insurrection malgache de 1947, un soulèvement populaire violemment réprimé par l’administration coloniale française, longtemps effacé des mémoires officielles.Porté par la voix de Gad Bensalem, lauréat du prix théâtre RFI 2014, cet épisode revient sur cette œuvre pionnière en mêlant archives sonores, extraits du film et entretiens inédits avec le réalisateur et l’autrice franco‑malgache Marie Ranjanoro. Ensemble, ils interrogent la puissance de la fiction comme outil de transmission et de résistance face au silence historique.14/10/202524:29
-
Bande annonce – Cinéastes d'Afrique La série Cinéastes d’Afrique nous plonge dans les récits, les luttes et les esthétiques qui ont façonné l’histoire du 7e art sur le continent africain, et donne à entendre des paroles rares et toujours vibrantes d’actualité sur le cinéma et la société africaine. Un podcast réalisé en partenariat avec la Cinémathèque Afrique de l’Institut français.15/05/202503:24
Commentaires (0)
Laisser un commentaire
Aucun commentaire. Soyez le premier !