“Taylor Mitchem a accouché en mars 2020. Le temps qu’elle quitte l’hôpital avec son nouveau-né, le monde entier s’était confiné. Elle n’avait pas de famille dans le voisinage, et pas d’amis pour venir lui rendre visite. Son mari était présent, mais comme il s’inquiétait de la fragilité du bébé, c’est Taylor qui se sentait essentiellement responsable de l’enfant”, retrace Sarah Levy dans les colonnes de The Atlantic.

Les années passent, la pression reste, et Taylor ne reçoit pas davantage de soutien. Alors, quand son enfant atteint l’âge de 2 ans et demi, elle décide de renouer avec “son vieux rituel matinal” : “fumer un joint quotidien – une activité qu’elle surnomme ‘jardinage’”.

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L’Américaine de 36 ans se définit comme une “garden momma” : une maman consommatrice de cannabis. Et elle est loin d’être la seule : sur TikTok, “plus de 76 000 vidéos affichent le hashtag #gardenmom”, indique The Atlantic.

Pour ces mamans, le cannabis se présente comme un moyen de “rester patientes, de répondre calmement à leurs enfants, d’être présentes sans se sentir submergées, d’être globalement de meilleures mères”. Il ne s’agit en aucun cas “de se défoncer n’importe comment”, insiste Sarah Levy : “après avoir fumé, elles attendent toujours plusieurs heures avant de conduire les enfants à l’école ou ce genre d’activités”.

Une pratique contre-productive ?

“L’envie de pouvoir appuyer sur le bouton ‘pause’ – et les substances qui aident à le faire – n’a rien de nouveau chez les jeunes parents”, note Sarah Levy, citant “le Miltown, un tranquillisant commercialisé” dans les années 1950 et 1960 ou, plus récemment, la culture de la “wine mom”. La tendance des “garden moms” est, elle, un produit de “notre époque de parentalité intensive”, “les exigences pour être une ‘bonne mère’ ne cessent d’augmenter” quand “les soutiens, eux, restent minces”.

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Aux États-Unis, l’industrie du cannabis, qui représente “plus de 30 milliards de dollars”, a tout intérêt à ce que le phénomène perdure. Mais en vérité, aussi salvatrice apparaisse-t-elle aux mères dans leur gestion de l’anxiété, l’efficacité réelle du cannabis reste controversée, indique Margaret Haney, directrice du laboratoire de recherche sur le cannabis de l’université de Columbia, à Sarah Levy. Une consommation quotidienne peut même, “au fil du temps, aggraver les états anxieux et dépressifs”, si bien que “[le stress] que la mère a l’impression de traiter en prenant du cannabis est peut-être en réalité un symptôme de sevrage, créé par cette même consommation”, rapporte The Atlantic.

Le risque de dépendance n’est pas non plus à ignorer, le taux de THC [la molécule cannabinoïde responsable des effets psychoactifs du cannabis] de certains produits atteignant désormais “jusqu’à 90 %, contre près de 4 % dans les années 1990”. Par ailleurs, “cet état de calme chimique ne signifie pas que vous êtes pleinement présent, ou prêt à réagir rapidement en cas de besoin”, souligne Kirby Deater-Deckard, spécialiste du stress parental. En réduisant le temps de réaction et la capacité à répondre à une urgence, la consommation de cannabis ne produit donc pas forcément, in fine, de “meilleurs parents”.