Rien de plus anodin que d’acheter un sandwich ou de louer un bungalow en Espagne. Personne ne s’inquiète de savoir comment circule l’argent entre le vendeur et l’acheteur, ni quels sont les intermédiaires. Derrière ces transactions se joue pourtant un bras de fer entre l’Europe et les Etats-Unis : les paiements ont beau se faire en euros, ils sont assurés dans leur écrasante majorité par des acteurs américains, Visa et Mastercard en tête. Et ils deviennent une arme de choix dans la bataille géopolitique que se livrent les grandes puissances mondiales.
Illustration de cette dépendance des citoyens européens : depuis dix mois, le Français Nicolas Guillou, juge à la Cour pénale internationale, a perdu la capacité de procéder à des paiements bancaires via Visa et Mastercard. Son tort ? Avoir émis des mandats d’arrêt contre le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, et son ancien ministre de la défense Yoav Gallant. Comme d’autres juges, Nicolas Guillou a ainsi été placé sous sanctions par le secrétaire d’Etat des Etats-Unis, Marco Rubio.
Un vrai handicap, quand on sait que Mastercard et Visa assurent deux tiers des paiements par carte en Europe, et l’intégralité des règlements transfrontaliers. La punition de quelques personnes peut aisément s’étendre à l’échelle d’un pays tout entier : début juin, Cuba a ainsi été exclue des réseaux Visa et Mastercard, en conséquence, là encore, de sanctions américaines.
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