🇵🇹 Portugal De l’argent pour les refuges climatiques
Alors que le Portugal se préparait début juillet “à la plus grosse vague de chaleur de son histoire”, annonçait le Jornal de Notícias, le pays a décidé d’accélérer son adaptation. Son office du tourisme, Turismo de Portugal, vient de lancer le programme “Refúgios Climáticos – Stay Cool”, qui vise à créer un réseau national d’espaces accessibles et thermiquement confortables – jardins, bibliothèques, musées, centres commerciaux ou bâtiments climatisés –, où habitants et touristes pourront trouver refuge lors des canicules. L’organisme débloque 1 million d’euros pour aider les municipalités à aménager ces lieux.
Cette initiative nationale a été annoncée le 19 juin à Reguengos de Monsaraz, dans l’Alentejo, l’un des territoires les plus exposés aux fortes chaleurs estivales, rapporte le portail d’informations Sapo. Elle intervient près de trois ans après celle du scientifique des données Manuel Banza. Dès 2023, faute de carte officielle à Lisbonne, il avait conçu un outil interactif recensant fontaines, parcs, bibliothèques et autres îlots de fraîcheur, en s’appuyant sur les données ouvertes de la municipalité, raconte Mensagem de Lisboa. Son travail, inspiré des exemples de Barcelone et de Paris, identifiait aussi les quartiers les plus vulnérables afin d’orienter les futurs aménagements urbains. Fin 2025, la mairie a annoncé au média Lisboa Para Pessoas que la réhabilitation du Jardim da Estrela en ferait le premier refuge climatique de la ville.
🇪🇸 Espagne La force de l’habitude, entre clim et horaires adaptés
À l’instar de ses voisins européens, l’Espagne a souffert de la canicule en ce début d’été. La différence, c’est que le pays d’Europe du Sud est désormais habitué à ce genre d’épisode climatique : au XXIᵉ siècle, il a traversé 329 jours sous une vague de chaleur, soit “plus du double” que dans le dernier quart du XXᵉ siècle, note La Vanguardia, journal centriste catalan.
La question du dérèglement climatique reste néanmoins à la marge du débat politique. Certes, des mesures ont été annoncées. La dernière en date remonte au 29 juin, lorsque le gouvernement de gauche a promis d’investir 200 millions d’euros pour climatiser les établissements scolaires publics. Fin mai, il avait déjà annoncé un plan de 9 milliards d’euros visant à soutenir la transition énergétique.
Chaque jeudi, les pistes de la presse étrangère pour agir face au dérèglement climatique et s’adapter
Mais il faut faire bien plus, clame le journal régional El Periódico Extremadura, d’autant que les discours climatosceptiques, portés essentiellement par l’extrême droite en Espagne, ont tendance à gagner du terrain.
Dans les faits, le rythme de vie espagnol s’est adapté depuis plusieurs années aux fortes chaleurs. Depuis 2024, les salariés peuvent par exemple poser quatre jours de “congé climatique” en cas d’alerte rouge météo. En parallèle, leurs horaires de travail (notamment pour les activités en extérieur) sont généralement ajustés pour éviter les heures les plus chaudes de la journée. En outre, les transports et les bâtiments publics sont climatisés.
Comme le souligne le journal d’affaires Cinco Días, les mesures contre la chaleur sont particulièrement visibles au niveau municipal. “Refuges climatiques, zones d’ombre, intégration de la nature en ville – tels que les potagers urbains, les pistes vertes ou la renaturation des cours d’eau –, infrastructures de gestion des eaux pluviales et constructions bioclimatiques” peuplent ainsi des villes comme Barcelone, Vitoria-Gasteiz ou Bilbao.
Cela n’empêche pas les morts – plus de 1 000 décès survenus en Espagne en juin sont imputables à la chaleur, rapporte le média public RTVE – ni les craintes de canicules de plus en plus précoces.
🇩🇪 Allemagne La chaleur enflamme le Bundestag
Fin juin, les températures ont dépassé les 40 degrés outre-Rhin. Mais les débats politiques qui ont suivi étaient encore plus brûlants que ces fortes chaleurs. “Le week-end dernier l’a bien montré : l’Allemagne doit mieux s’adapter au changement climatique”, assure le média en ligne Tagesschau. Les services de secours ont été débordés, il y a eu des pénuries d’eau, des fermetures d’autoroutes et des annulations de trains. Au point que les Verts, actuellement dans l’opposition, ont inscrit la lutte contre la canicule à l’ordre du jour du Bundestag.
La gestion de la chaleur dans les hôpitaux et les maisons de retraite, notamment, a été jugée catastrophique. “Il n’existe actuellement aucune réglementation contraignante au niveau national imposant l’installation de climatiseurs dans ces établissements”, affirme la chaîne publique Deutsche Welle. Et ce manque de réglementation globale a des conséquences, dans un pays aussi vieillissant que l’Allemagne. “Alors que les hôtels, les immeubles de bureaux et les centres commerciaux sont climatisés depuis longtemps, de nombreuses personnes âgées vivent encore dans des chambres à la chaleur irrespirable, se désole le tabloïd conservateur Bild. Sans aucune échappatoire.”
Pour répondre aux appels pressants des associations de soignants et de patients, la mise en place d’un vaste plan de climatisation, incluant aussi les écoles, a été évoquée. Problème : personne n’arrive à s’entendre sur la question des financements. Du côté du gouvernement, la commissaire chargée des soins, Katrin Staffler, a appelé les maisons de retraite à mettre la main à la poche. Le ministre de l’Environnement, Carsten Schneider, a aussi enjoint les Länder et les communes à investir.
“Mais la proposition a fait réagir les municipalités”, commente la Deutsche Welle. Plusieurs représentants locaux ont assuré qu’ils ne disposaient pas des fonds nécessaires, malgré la mise en place récente d’un vaste fonds de rénovation des infrastructures.
🇭🇺 Hongrie Des points d’eau salvateurs
La Hongrie n’échappe pas aux chaleurs étouffantes. Le 30 juin, avec “42 °C, Szecseny”, ville du Nord, “battait le record historique de 41,9 °C établi le 20 juillet 2007 à Kiskunhalas”, dans le sud du pays, rapporte HVG. Devant les pics de température, le ministre de l’Énergie a demandé à la population de “limiter la climatisation entre 18 heures et 21 heures pour ménager le réseau d’électricité”, tandis que le Premier ministre, Peter Magyar, a décrété le recours au “télétravail dans les administrations” les 29 et 30 juin, relève Blikk.
Ces jours-là, la police “déployait des canons à eau sur la place des Héros” de Budapest écrasée par la chaleur “pour rafraîchir les passants”, souligne Origo. Outre les brumisateurs disposés dans la capitale hongroise, le maire a récemment ouvert une plage libre “élargie” dans le sud de la ville, sur les rives du Danube, afin de soulager ses administrés, relate Index. Gergely Karacsony s’est avancé dans l’eau en chemise blanche et pantalon de costume, “comme M. Darcy, le personnage d’Orgueil et Préjugés”, note le site.
Les bains et piscines de Budapest élargissent leurs horaires d’ouverture et multiplient les programmes pour affronter l’été. Les thermes Szechenyi proposent des séances de cinéma nocturnes les pieds dans les bassins extérieurs. Et, le 8 août, les bains Palatinus participent à une “bataille nationale de pistolets à eau”, à l’instar d’autres établissements dans le pays, indique Funzine. Pour ceux qui n’aiment pas se jeter à l’eau, la soupe de fruits reste un rafraîchissement indémodable en Hongrie.
🇵🇱 Pologne Le béton plutôt que les arbres
La canicule n’a pas épargné la Pologne, note le site d’information en ligne Wirtualna Polska, qui relève que le record de chaleur historique a été battu le 28 juin (40,5 ° à Slubice, dans l’ouest du pays). Or le média déplore que les autorités locales fassent l’“inverse” de ce qui est préconisé pour abaisser les températures et limiter les conséquences du réchauffement. “Nous devrions vraiment accorder plus d’attention à la verdure et aux espaces ombragés”, estime ainsi l’universitaire Michal Zabdyr-Jamroz, cité dans l’article. Celui-ci argue que les municipalités ont ces derniers temps procédé à de nombreux projets de revitalisation urbaine, lesquels ont consisté à “abattre des arbres sur la place publique […] et à créer des espaces pleins de béton, de pavés et autres matériaux, transformant le tout en véritable fournaise”.
Le média ajoute que les promoteurs immobiliers, qui font la pluie et le beau temps en matière de logement en Pologne, construisent des lotissements, en périphérie des villes ou sur d’anciens espaces verts, sans accès aux transports en commun. Les pouvoirs locaux n’ont donc d’autre choix que de bétonner pour créer les infrastructures nécessaires, faute de quoi les résidents prennent leur voiture. Des aménagements qui contribuent au réchauffement climatique.
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