La trame de fond a de quoi inquiéter. La CBC rapporte que la population canadienne a baissé de 0,1 % au cours des trois premiers mois de l’année. Ce déclin est encore une fois attribué par Statistique Canada à la baisse du nombre de résidents non permanents, une tendance déjà observée l’an dernier. Tout cela alors que l’économie du pays est carrément en panne.

De plus, une certaine panique s’est installée chez les employeurs : par exemple, l’industrie minière ontarienne cherche “avec une urgence absolue” 5 000 nouveaux travailleurs pour répondre à une demande croissante, indique Radio-Canada. De leur côté, des entrepreneurs en construction québécois disent au Journal de Québec refuser quotidiennement des contrats “faute de pouvoir compter sur assez de ‘bons travailleurs’”. Le journal québécois Les Affaires craint ouvertement “le retour des pénuries de main-d’œuvre” des dernières années, sur fond de vieillissement de la population active en âge de travailler.

L’Ontario modernise son approche

C’est dans ce contexte que l’Ontario a annoncé une “modernisation” de son programme des candidats à l’immigration pour venir en aide aux secteurs touchés par les pénuries en liant des travailleurs munis d’une offre d’emploi local “à des voies d’accès vers la résidence permanente”.

Trois nouvelles voies sont ainsi créées dans un premier temps, résume le site CIC News : une pour les travailleurs hautement qualifiés, une pour les travailleurs peu qualifiés et une autre pour les médecins indépendants. Mais le gouvernement, note le Toronto Star, a décidé dans le même temps de rejeter une offre du pouvoir central à Ottawa de permettre aux employeurs ruraux d’embaucher davantage de travailleurs étrangers temporaires, citant un taux élevé de chômage chez les jeunes Ontariens.

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Une criminologue qui ne l’est officiellement plus

Au Québec, “dans une décision fortement attendue dans le milieu de l’immigration”, dit Le Devoir, le gouvernement a décidé de ressusciter à compter du 2 juillet, pour deux ans, le Programme de l’expérience québécoise, “dans l’objectif de sélectionner autour de 14 500 nouveaux arrivants annuellement”. D’autre part, signale La Presse, “certaines professions sont admissibles à une procédure accélérée” qui permet aux employeurs d’embaucher plus facilement des travailleurs étrangers en cas de pénurie reconnue de main-d’œuvre.

Mais pas toutes, comme l’a découvert amèrement une Française arrivée il y a dix ans dans la Belle Province et formée sur place en criminologie. Margaux Coicaud, 29 ans, a vu son permis de travail expirer le 30 mai, malgré les démarches de son employeur gouvernemental, la Direction de la protection de la jeunesse. Le problème ? Les criminologues ne font pas partie de la liste des professions admissibles. La solution trouvée ? On a associé son emploi à “un code” relié à une profession admissible, le travail social. “Ça ne change rien à mes tâches”, déplore Mme Coicaud.

Dans les pages du Devoir, Alexandre Forest, président de l’Association du Barreau canadien, division du Québec, fait état de centaines de départs dans le secteur de la justice ces dernières années. Il affirme que “les choix politiques actuels accentuent les effets de la pénurie” de main-d’œuvre et fait valoir “l’importance d’un système d’immigration stable, prévisible et cohérent”.