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En images, la rénovation ratée du bassin du Lincoln Memorial qui embarrasse Donald Trump : infestation d’algues, peinture qui se décolle, coloration verdâtre
Par Allison Ferrera (Service photo)Reportage photoLe gigantesque miroir d’eau du Lincoln Memorial, site emblématique de la capitale américaine, se dégrade depuis la rénovation décidée par Donald Trump, au point de devenir un véritable feuilleton politique.
Un canard glisse sur l’eau verte, indifférent à la grandeur du lieu. Derrière lui se dresse le Lincoln Memorial, inaltéré depuis plus d’un siècle. Le bassin réfléchissant, lui, ne l’est plus. Depuis deux semaines, les employés fédéraux tentent par tous les moyens de venir à bout des amas d’algues qui y ont fait leur apparition, peu après les travaux ordonnés par le président américain.
Terminée la semaine du 15 juin de façon accélérée, la rénovation du bassin, au coût de 14,7 millions de dollars (12,93 millions d’euros, soit plus de huit fois l’estimation initiale de 1,8 million de dollars promise par Donald Trump en avril), est l’un des nombreux projets lancés par le chef d’Etat dans le but officiel d’embellir la capitale fédérale. Les travaux, financés par les droits d’entrée des parcs nationaux et les contribuables américains, visaient à régler les problèmes de fuites et à remédier à la présence d’algues avant le 250e anniversaire de l’indépendance des Etats-Unis, le 4 juillet.
Pour attribuer ces contrats sans appel d’offres, l’administration a invoqué une exemption réservée aux situations d’urgence. C’est ainsi que Greenwater Services, une entreprise liée à un soutien de longue date du président (et l’un de ses voisins à Mar-a-Lago, en Floride), a obtenu un contrat de 1,7 million de dollars pour installer un système de purification de l’eau dans le bassin.
Plusieurs arrestations
L’administration américaine avait prédit la disparition rapide des algues résiduelles. La chaleur a cependant entraîné leur prolifération. Censé être bleu foncé, le bassin a revêtu une couleur verte. Les scientifiques, eux, n’en sont guère étonnés et rappellent que l’eau stagnante et peu profonde constitue un terreau idéal pour les algues, et que les fientes de canards et le phosphate naturellement présents dans l’eau agissent comme des engrais. Mais pour le président américain, la cause est ailleurs : « Quelqu’un a mis, m’a-t-on dit, de l’engrais dans l’eau », a-t-il affirmé à des reporters réunis dans le bureau Ovale, le 22 juin.
Le fond en béton du plus grand miroir d’eau de Washington a été recouvert d’un revêtement imperméabilisant bleu foncé, une teinte que le président américain a décrite comme le bleu du drapeau américain. « Ce n’est pas un travail de peinture », a-t-il écrit sur sa plateforme, Truth Social, vantant un matériau « hautement sophistiqué, de qualité industrielle, capable de durer cent ans, appliqué par des personnes très talentueuses ». La réalité s’est révélée plus contrastée, des bandes de polyuréthane ayant été aperçues flottant à la surface de l’eau, détachées du fond du bassin.
Pour Donald Trump, là encore, l’explication tient en un mot : le sabotage. Quelqu’un, selon lui, aurait lacéré le revêtement, « probablement avec un cutter ou un couteau ». « Je ne peux rien faire si quelqu’un entre avec un couteau et commence à tout charcuter », a-t-il déclaré. Le président, plutôt que de revoir sa méthode, a préféré incriminer des « vandales », allant jusqu’à menacer de dix ans de prison quiconque s’en prendrait au monument. Plusieurs personnes ont déjà été arrêtées.
Inauguré en 1922, ce bassin de près de 620 mètres de long est un lieu emblématique du National Mall, situé entre deux monuments dédiés à deux grands présidents américains : le Lincoln Memorial et le Washington Monument. Devant cette même nappe d’eau, Martin Luther King avait prononcé, en 1963, son discours sur le rêve américain. Aujourd’hui, c’est un canard qui y meurt, entre nappes d’algues et morceaux de peinture décollées.
Pour tenter d’enrayer la prolifération d’algues, les autorités ont utilisé du peroxyde d’hydrogène, un composé à base d’eau et d’oxygène couramment employé comme désinfectant. Le produit déversé dans le bassin présentait toutefois une concentration de 12 %, bien supérieure à celle des solutions ménagères. Les opérations ont laissé apparaître une coloration bleue sur le pourtour du bassin.