Quatre ans après l’échec de discussions sur un approvisionnement gazier, le Canada et l’Allemagne ont conclu, le 27 mai, un accord portant sur la fourniture de gaz naturel liquéfié (GNL). Les propriétaires du projet Ksi Lisims LNG, en Colombie-Britannique, s’engagent à le livrer à une société énergétique appartenant à l’Etat allemand à partir de 2030, pour une durée de vingt ans. Ce partenariat marque un revirement spectaculaire dans les relations commerciales bilatérales.
En août 2022, six mois après l’invasion de l’Ukraine par les troupes russes, le chancelier allemand de l’époque, Olaf Scholz, avait effectué un voyage outre-Atlantique afin de s’enquérir de la disponibilité des ressources gazières canadiennes pour remplacer celles venant de Russie. L’administration canadienne, alors dirigée par Justin Trudeau, se montrait tiède vis-à-vis des énergies fossiles. L’un des objectifs phares de M. Trudeau consistait à réduire de manière significative les rejets de gaz à effet de serre de son pays, principalement ceux des secteurs pétrolier et gazier, qui représentent le tiers des émissions nationales.
Le premier ministre libéral avait signalé au chancelier allemand la difficulté qu’impliquait une telle initiative d’approvisionnement, affirmant qu’elle manquait de « justification économique ». Cette décision s’inscrivait dans le droit-fil de son refus, en février 2022, d’appuyer un projet de gazoduc de l’Ouest canadien et visant à livrer du gaz à l’Europe à partir du Québec. Aujourd’hui, c’est le même Parti libéral – mais avec à sa tête, depuis 2025, l’ancien banquier Mark Carney – qui soutient avec verve les projets d’exportation d’énergies fossiles. La seconde élection de Donald Trump [en 2024] et ses menaces d’étouffer l’économie canadienne par ses droits de douane, voire de faire du Canada le 51e Etat des Etats-Unis, ont radicalement changé la donne.
Diversifier les débouchés
Face à la guerre commerciale que mène Washington, Ottawa cherche désormais à renforcer sa souveraineté économique. Misant sur les ressources fossiles et renouvelables du pays, le gouvernement Carney souhaite faire du Canada une « puissance énergétique » capable d’approvisionner ses partenaires, tout en diversifiant ses débouchés au-delà du marché que représentent les Etats-Unis.
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