Avec l’épisode caniculaire de ce mois de juin, les Français subissent des records de chaleur jamais atteints depuis 1947, avec “58 départements en alerte rouge, 31 en vigilance orange et, au total, 44 millions de personnes touchées par la crise”, recense le quotidien espagnol La Vanguardia. Ces derniers jours, le débat politique sur la question se cristallise autour d’un sujet martelé par l’extrême droite : la climatisation des bâtiments. “Marine Le Pen climatise la campagne présidentielle”, écrit d’emblée le correspondant à Paris du journal suisse Le Temps.
Alors que de “vagues bruissements parisiens” semblent prédire l’annulation de sa peine d’inéligibilité prononcée lors du procès dans l’affaire des assistants parlementaires du RN [la décision du procès en appel sera rendue le 7 juillet], la figure d’extrême droite focalise son discours sur le sujet qui échauffe les Français : supporter la chaleur torride. Et “comme toujours quand elle lâche les chevaux, [Marine Le Pen] est très efficace”, estime le journaliste suisse, citant l’une de ses phrases provocatrices : “C’est en partie criminel de continuer à construire des hôpitaux sans climatisation.”
“Ce n’est pas la première fois que la patronne de l’extrême droite française joue sur cette corde”, rappelle Le Temps, qui estime qu’elle “[force] la gauche et les experts à jouer le mauvais rôle” lorsqu’ils lui adressent des contre-arguments. “Marine Le Pen remettait en cause il y a encore peu l’ampleur du réchauffement climatique annoncé par les scientifiques du Giec”, rappelle d’ailleurs l’article. “Les écologistes, à partir du moment où ils ne veulent pas quelque chose, ils vous tordent des études”, déclare encore à ce jour la candidate à la présidentielle, qui assure qu’en cas de victoire elle mettra en place “un plan massif de climatisation”, rapporte Le Temps.
Le “tabou” de la clim
Tempêtant que d’autres pays sont “massivement dotés de climatisations”, Marine Le Pen incite ses lieutenants à reprendre ce concept de climatisation massive partout où ils sont invités. Le député Jean-Philippe Tanguy explique ainsi que la climatisation “a longtemps fait figure de tabou idéologique imposé par la gauche” dans le pays, comme le relate, vu du Royaume-Uni, le Financial Times.
Le journaliste du Temps, qui voit en Marine Le Pen “la favorite de l’élection présidentielle”, constate que “même les plus radicaux de ses opposants doivent finir par admettre que le recours à la clim ne peut plus être exclu”. Chez Les Écologistes, comme du côté de La France insoumise, il n’est d’ailleurs plus question d’exclure la climatisation, qui ne doit être “ni un tabou ni une réponse à tout”, selon Marine Tondelier, la patronne des Verts. Pourtant, “le programme des Écologistes qualifie les climatisations individuelles de ‘réponse inadaptée qui provoque un réchauffement des villes et pèse sur le réseau électrique”, fait savoir le Financial Times.
Dans le sillage des Écologistes, “le leader d’extrême gauche Jean-Luc Mélenchon riposte : ‘Installer la climatisation partout ne ferait qu’aggraver le problème’, a-t-il affirmé, en référence au risque d’augmentation des émissions de dioxyde de carbone”, rapporte encore le journal économique.
La gauche française se concentre en effet davantage sur “l’accélération de la rénovation des bâtiments afin d’améliorer la circulation de l’air et le contrôle des températures, et l’extension des espaces verts dans les villes”. À l’heure où les climatologues “avertissent que l’expansion de la climatisation augmentera la consommation d’électricité et les émissions de gaz à effet de serre”, les politiques de tous bords doivent se positionner sur ce sujet sur lequel ils sont "quotidiennement interrogés”, résume le Financial Times.
Mauvaise réputation
Malgré une chaleur écrasante subie par une majorité de Français, son utilisation individuelle est contestée dans l’Hexagone, et en particulier à Paris, où “les toits bleu-gris en zinc seraient pourtant assez chauds pour faire cuire un steak saignant”, constate, interloqué, l’hebdomadaire britannique The Observer. Si nombre d’appartements parisiens se révèlent être des bouilloires thermiques, peu d’habitants ont recours à la clim, dans la mesure où "plus de 70 % des immeubles de la ville sont haussmanniens et protégés par des règles strictes” et où “les demandes de climatisation extérieure sur les façades historiques ou les balcons en fer forgé sont pratiquement toujours refusées”. “À cela s’ajoute une méfiance généralisée envers l’air conditionné, historiquement considéré comme une agression culturelle américaine”, rappelle-t-il.
Le débat autour de l’utilisation de la clim en France tourne finalement autour d’une question : celle de savoir “s’il s’agit d’une extravagance inutile ou d’une mesure écologiquement sensée”, résume le Financial Times.
Un premier sommet officiel : “Macron et Meloni ne peuvent plus se passer l’un de l’autre”
Commentaires (0)
Laisser un commentaire
Aucun commentaire. Soyez le premier !