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HAITI/TNT : Décret du 31 mars 2026 : la dépossession programmée des télévisions haïtiennes »

Ce 30 octobre 2026, nous sommes à exactement onze mois de la date butoir fixée par le décret du 31 mars 2026 du gouvernement dirigé par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. Ce texte, publié au Moniteur, impose la migration de la télévision analogique vers la Télévision Numérique Ter

HAITI/TNT : Décret du 31 mars 2026 : la dépossession programmée des télévisions haïtiennes »
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30 octobre 2026
HAITI/TNT : Décret du 31 mars 2026 : la dépossession programmée des télévisions haïtiennes » 
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HAITI/TNT : Décret du 31 mars 2026 : la dépossession programmée des télévisions haïtiennes » 

  • by Rezo Nodwes
  • 30 octobre 2026
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Ce 30 octobre 2026, nous sommes à exactement onze mois de la date butoir fixée par le décret  du 31 mars 2026 du gouvernement dirigé par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. Ce  texte, publié au Moniteur, impose la migration de la télévision analogique vers la Télévision  Numérique Terrestre (TNT) et interdit, à compter du 30 septembre 2027, toute émission  analogique. Les concessions historiques sur les fréquences VHF et UHF deviennent caduques.  Plus d’une centaine de stations de télévision – environ 134 autorisées à travers les dix  départements – se retrouvent ainsi privées de leur principal actif, le spectre hertzien, sans  mécanisme clair de maintien des droits acquis, sans compensation sérieuse et sans  accompagnement technique ou financier crédible. 

Présenté comme une modernisation indispensable et conforme aux engagements d’Haïti  auprès de l’Union internationale des télécommunications (UIT), le décret transforme de facto  les stations en simples éditeurs de contenus dépendants d’éventuels opérateurs de multiplex  choisis par appel d’offres. Les canaux 2 à 50 seraient attribués à ces plateformes de diffusion ;  la bande 700 MHz (canaux 52 à 69), le « dividende numérique », est réservée aux réseaux  mobiles 4G et 5G. 

Ce qui a été fait et communiqué par les institutions concernées 

Dès le 7 avril 2026, le Conseil National des Télécommunications (CONATEL) a publié un  communiqué officialisant la parution du décret. L’institution y parle d’une « avancée majeure  » dans un processus engagé depuis 2012, avec des ateliers et consultations techniques. Elle  évoque une transition progressive, une phase de coexistence analogique-numérique, des  mesures d’accompagnement pour les opérateurs et les ménages, et le respect des engagements  internationaux. 

Sur le site du CONATEL (conatel.gouv.ht), on trouve encore des pages anciennes relatives à  la stratégie de transition (feuille de route, phase pilote envisagée avec la RTNH/TNH,  adoption du standard ATSC, etc.), datant pour l’essentiel d’avant 2015-2023. Un communiqué  sur le décret figure bien, mais aucune mise à jour récente ne détaille un calendrier d’appels  d’offres pour les multiplex, un plan de financement concret, des formations pour les stations  historiques ou un déploiement opérationnel visible. La Transition Numérique n’apparaît plus  comme une priorité opérationnelle active. 

Du côté du Ministère des Travaux Publics, Transports et Communications (MTPTC), les  recherches sur le site officiel ne révèlent aucune communication spécifique récente sur la mise  en œuvre du décret de mars 2026. Les documents disponibles concernent plutôt d’autres  projets numériques (accélération de l’internet haut débit, etc.), sans lien direct avec la TNT et  la récupération des fréquences TV. La Primature, quant à elle, n’a diffusé aucun communiqué,  aucun bilan ni aucune orientation publique visible sur ce dossier depuis la publication du  décret. Aucune consultation large et transparente avec les associations de médias n’a été  rapportée de manière substantielle ; le dossier aurait même été orienté vers le Secrétariat  d’État à la Communication, signe d’un enfouissement plutôt que d’une mobilisation politique. 

En résumé, sept mois après la publication (et à onze mois de l’échéance), le bilan opérationnel  est quasi nul : pas de calendrier d’appels d’offres transparent, pas de phase pilote généralisée 

visible, pas de mesures tangibles de soutien technique ou financier aux stations existantes, pas  de dialogue structuré et public avec le secteur. Ce qui a été réellement accompli, c’est l’acte  juridique de dépossession : l’extinction programmée des droits analogiques. 

Si l’intention affichée est la modernisation et l’optimisation du spectre, l’absence totale de  mise en œuvre concrète jusqu’à présent oblige à interroger les finalités profondes. Le décret  crée une insécurité juridique majeure pour les concessionnaires historiques. Il libère  unilatéralement la bande 700 MHz, ressource stratégique de haute valeur pour la 4G/5G, ce  qui résout au passage les interférences transfrontalières au profit du déploiement mobile du  côté dominicain (notamment dans la zone Dajabón-Ouanaminthe). Des analyses ont qualifié  cette libération accélérée de « petit cadeau » au voisin de l’Est et à des opérateurs mieux  capitalisés (dont des acteurs pan-insulaires). 

Dans un contexte de crise sécuritaire, énergétique et économique extrême, sans filet de  sécurité pour les stations nationales, le texte ouvre la voie à une concentration des fréquences  entre les mains de quelques opérateurs de multiplex, potentiellement étrangers ou liés à des  intérêts mieux placés. La modernisation devient le prétexte d’une expropriation collective  déguisée du patrimoine hertzien national. Le spectre n’est pas un bien privé ; c’est un bien  public de l’État haïtien. Le décret, adopté par un gouvernement de transition en l’absence de  Parlement, le traite comme une ressource à redistribuer sans garanties de souveraineté  informationnelle. 

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