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« La métamorphose de la New School for Social Research est une terrible allégorie de ce que subissent les universités dans les temps sombres où nous vivons »

Dans une tribune au « Monde », un collectif d’universitaires américains et français s’inquiète des graves attaques que subit ce haut lieu de l’antifascisme intellectuel.

« La métamorphose de la New School for Social Research est une terrible allégorie de ce que subissent les universités dans les temps sombres où nous vivons »
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L’attaque contre les universités, la recherche et les libertés académiques est l’un des traits les plus récurrents de tous les glissements autoritaires que connaissent les démocraties depuis une quinzaine d’années. Le second mandat de Donald Trump aux Etats-Unis ne fait pas exception. L’offensive s’est faite par pression politique directe sur certaines universités jugées hostiles, par réduction drastique de certains financements fédéraux de recherche et par une tentative de réorientation idéologique des critères d’attribution des subventions.

Cette fois-ci, l’attaque n’est pas gouvernementale, mais vient de l’intérieur de l’institution elle-même : des dirigeants d’université décident de saborder la part la plus créative et la plus prestigieuse de leur établissement, avec son personnel et son histoire. L’affaire, qui est en cours depuis plusieurs mois, concerne la Graduate Faculty, connue aujourd’hui sous le nom de New School for Social Research.

Fondé en 1919 à New York, cet établissement unique est né d’une protestation contre les atteintes à la liberté académique de l’université états-unienne durant la première guerre mondiale. L’ambition était de créer une institution indépendante où les sciences sociales tiendraient une place centrale, alors inédite, dans l’analyse des grands problèmes contemporains. Et c’est à la « New School » qu’en 1933 fut créée, par son directeur d’alors, Alvin Johnson, l’University in Exile, quelques mois après l’arrivée de Hitler au pouvoir. Là encore, que le philosophe Jacques Maritain, l’historien d’art Henri Focillon et d’autres créèrent, début 1942, une université française et belge en exil, l’Ecole libre des hautes études, haut lieu de résistance intellectuelle à Vichy et au nazisme et source d’inspiration pour le développement, en France, des sciences humaines et sociales après-guerre.

Bataille décisive

Entre 180 et 200 chercheurs, professeurs et intellectuels européens persécutés puis réfugiés trouvèrent un point d’appui à l’University in Exile afin de poursuivre leur carrière, ce qui en a fait un foyer majeur de l’antifascisme intellectuel, un symbole de l’histoire des relations intellectuelles transatlantiques et de la solidarité internationale en faveur des universitaires menacés par des régimes autoritaires. La philosophe Hannah Arendt y a enseigné de manière permanente à partir de la fin des années 1960. Jusqu’à ces derniers temps, la New School est restée l’un des principaux centres nord-américains de la pensée critique en philosophie comme en sciences sociales.

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