Longtemps, la thématique a été regardée avec suspicion. Considérée comme un vieux fantasme suranné, gaulliste ou hippie, fleurant un anti-américanisme désuet, elle n’intéressait qu’une poignée de parlementaires. Mais le ralliement politique de la Silicon Valley à Donald Trump, puis, le 12 juin, l’ordre donné à Anthropic de couper temporairement l’accès de ses modèles d’IA les plus puissants aux « ressortissants étrangers », et notamment aux Européens, a remis le concept de « souveraineté numérique » en haut de la pile des préoccupations politiques.
Le sujet est, par ailleurs, très consensuel, du moins en théorie. De Jean-Luc Mélenchon (qui évoquait sur X « l’urgence d’être indépendants et souverains ») à Jordan Bardella (« l’intelligence artificielle est déjà un sujet de souveraineté nationale majeur ») en passant par Gabriel Attal (qui parlait du risque d’une « vassalisation totale de la France »), l’ensemble de la classe politique dit vouloir que la France soit « souveraine » sur le numérique.
Reste à savoir ce que cela peut bien vouloir dire. Dans le monde interconnecté du numérique, une PME française peut utiliser un logiciel américain pour stocker, sur un serveur en Allemagne, des données de clients qui vont être analysées par un prestataire en Inde. Pour être « souveraine » sur ses outils et ses données, faudrait-il qu’elle n’utilise que des logiciels et serveurs français ? Européens ?
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