La famille africaine est menacée. Voilà la conclusion de la quatrième Conférence interparlementaire sur les valeurs familiales africaines qui s’est tenue au Ghana du 3 au 6 juin. Cette rencontre continentale “a réuni plus de 300 délégués”, constate Actualité CD, provenant d’une vingtaine de pays africains. Décideurs politiques, représentants de la société civile et des responsables religieux ont discuté des enjeux liés à la “préservation des valeurs familiales africaines”.
Leur objectif : avancer sur le projet d’une charte définissant les valeurs familiales africaines et affirmer leur souveraineté. Celle-ci serait ensuite soumise au vote de l’Union africaine, lors de sa prochaine assemblée générale prévue en février 2027. “Vingt pays l’ont adopté”, constate le Ghanaian Times, alors que l’Afrique du Sud et le Mozambique s’y sont officiellement opposés.
Cette charte est déjà largement critiquée par les organisations africaines des droits humains, explique The Guardian. Celles-ci la décrivent comme une tentative d’imposer un cadre juridique à l’échelle du continent fondé sur une “vision moralisatrice” et conservatrice des “valeurs familiales africaines”.
Le 29 mai, une semaine avant le début de la conférence, le Ghana a adopté une loi anti-LGBTQI prévoyant entre autres une peine de trois à dix ans d’emprisonnement pour “la promotion des activités LGBTQI et le fait de s’identifier comme lesbienne, gay, bisexuel, transgenre ou queer”, détaille le Guardian dans cet autre article. Une petite centaine de manifestants s’étaient réunis à Accra lors de la conférence – “haut lieu du christianisme conservateur en Afrique”, soulignait la Deutsche Welle – pour dénoncer la loi homophobe et la “tentative [des délégués] de restreindre la définition de la famille africaine”.
Attaque contre les droits humains
Ce projet “dangereux” de charte sur les “valeurs familiales” est né en 2023 lors d’une conférence similaire organisée en Ouganda, rapportait The Conversation. Présenté comme une réponse collective des gouvernements africains aux attaques d’“idéologies étrangères” – sous-entendu “occidentales” –, il prévoit le rejet d’obligations internationales adoptées par le continent en matière de droits de l’homme “qui ne respectent pas les principes de la charte”.
Le Média féministe africain, média indépendant engagé pour les droits des femmes et des filles en Afrique, situé au Sénégal, dénonce “un document qui protège le patriarcat, pas la famille”, ajoutant : “Les mêmes logiques qui bloquent l’égalité des femmes dans le droit de la famille sont celles qui poussent les législations contre les personnes LGBTQI.”
Selon la charte, la seule définition de la famille ainsi reconnue serait “l’union d’un homme et d’une femme, et leurs enfants biologiques ou adoptés”. “‘L’idéologie du genre’ définie comme toute théorie séparant le genre du sexe biologique” serait rejetée, de même que les droits LGBTQI, “à exclure de tout accord ou politique”. Les droits à l’avortement et à l’éducation sexuelle dans les écoles seraient également à bannir.
Gilbert Mitullah, avocat kényan et membre du conseil d’administration du Queer African Network interviewé par le Guardian, dénonce une rhétorique à double effet de la part des parlementaires, qui “légitime une intrusion accrue de l’État dans la vie privée”.
La famille au détriment de l’individu
Une opinion que rejoint l’Initiative pour le contentieux stratégique en Afrique (Isla), initiative féministe panafricaine implantée en Afrique du Sud et composée de juristes. Dans un rapport publié en mars 2026, cité par le Guardian, elle dénonce la valorisation de la famille au détriment de l’individu, au risque de “légitimer la subordination des femmes, des enfants et des adolescents aux intérêts familiaux collectifs et d’isoler les relations familiales privées de la responsabilité de l’État”.
“Les femmes ne seront plus en sécurité ; les enfants ne seront plus en sécurité.”
De plus, “la terminologie employée dans la charte révèle la forte influence d’organisations chrétiennes conservatrices américaines et européennes opposées à l’avortement et aux droits des personnes LGBTQI”, souligne-t-elle. Dont le Family Watch International (FWI), un groupe de pression chrétien établi en Arizona, connu pour son opposition à l’avortement.
Selon Gilbert Mitullah, la déclaration de consensus de Genève, un manifeste antiavortement rédigé par l’ancienne conseillère de Donald Trump Valerie Huber, serait également reprise dans le traité comme un “produit collaboratif d’un réseau transnational, avec des signataires africains utilisés pour lui donner l’apparence d’une origine autochtone”.
Au nom de cette “famille” africaine et de la protection de ses “valeurs”, de nombreux pays ont adopté des législations homophobes au cours de ces dernières années. En avril 2026, le Sénégal, pays ouest-africain à majorité musulmane, a promulgué une loi contre l’homosexualité statuant que “toute personne qui aura commis un acte contre nature [terme qui désigne les pratiques homosexuelles dans le Code pénal sénégalais] sera punie d’un emprisonnement de cinq à dix ans et d’une amende”, détaillait alors la BBC Afrique. En février, le régime militaire en place au Niger a promulgué un nouveau Code pénal criminalisant pour la première fois l’homosexualité.
De telles législations ont aussi été adoptées au Burkina Faso, en Mauritanie, au Nigeria, en Éthiopie, en Somalie… En octobre 2025, l’Observatoire des inégalités comptabilisait jusqu’à 31 pays africains qui interdisent et punissent l’homosexualité.
J’ai passé 8 200 heures à lire des livres, mais je me serais davantage amusé sur TikTok
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