Dans N’espérez pas vous débarrasser des livres [éd. Grasset, 2009], un dialogue avec Jean-Claude Carrière [écrivain et journaliste, 1931-2021], Umberto Eco [1932-2016] retrace deux mille ans d’histoire du livre : “Le livre est comme la cuillère, le marteau, la roue ou le ciseau. Une fois que vous les avez inventés, vous ne pouvez pas faire mieux.” Le rapport qu’entretenait Umberto Eco avec sa gigantesque bibliothèque fait aussi partie du mythe qui entoure le plus éminent sémioticien italien de tous les temps, et l’un des intellectuels du XXe siècle les plus prolifiques et les plus célèbres du monde.

Sa façon très particulière d’agencer sa bibliothèque n’y est pas non plus étrangère. Ses 50 000 volumes étaient rangés par thématiques ou par affinité, selon une disposition à la fois horizontale et verticale. Ce classement, sans doute très logique pour lui, restait cependant abscons pour un regard extérieur. C’est d’ailleurs le problème principal qui s’est posé aux conservateurs de la nouvelle bibliothèque Eco, qui a ouvert en juillet au Palazzo Poggi, à Bologne, afin de rassembler et de mettre à disposition du public les volumes dits “modernes” (du XXe siècle) conservés dans la célèbre maison de l’écrivain, à Milan.

Bibliothèque mythique

Au début des années 1990, Umberto Eco cherch