Lundi 7 septembre, Ratko Mladic [l’ancien commandant de l’armée serbe en Bosnie-Herzégovine] a été enterré à Belgrade. Condamné par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie pour génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre, il porte la responsabilité de crimes qui ont coûté la vie à plus de 100 000 personnes et provoqué le déplacement de plus de deux millions d’habitants de Bosnie-Herzégovine.
Son corps a été rapatrié en Serbie à bord d’un avion militaire, sous escorte de l’armée et de la police. Les autorités du pays ont organisé ses funérailles avec les plus hauts honneurs militaires, accompagnées de salves d’artillerie, tandis que les médias audiovisuels publics retransmettaient la cérémonie. Cinq ministres du gouvernement, ainsi que plusieurs responsables politiques de premier plan, y ont assisté.
Ainsi, l’Etat serbe a choisi d’élever un criminel de guerre condamné au rang de héros national. Non pas malgré ses crimes, mais, ce qui est infiniment plus préoccupant, en raison de son rôle dans ceux-ci. Plus de trente ans après le génocide [de Srebrenica, en 1995, le massacre de 8 000 Bosniaques musulmans], les autorités n’ont toujours pas présenté d’excuses ni délivré de paroles de compassion ou de véritable message de réconciliation.
Au contraire, nous avons vu se multiplier en Serbie les rassemblements publics, les manifestations dans les stades, les slogans, les symboles et les mobilisations de masse à la gloire d’un criminel de guerre condamné.
Le message qui se dégage de ces manifestations est difficile à ignorer : l’idéologie et les objectifs associés aux crimes de Ratko Mladic n’ont pas été clairement rejetés. Le projet de domination ethnique et le recours à la violence contre les Bosniaques, les Croates et les autres populations non serbes demeurent présents dans une partie du discours politique et public. Il ne s’agit donc pas d’une simple querelle mémorielle ni d’un épisode de révisionnisme historique. C’est une question qui touche directement à la paix et à la stabilité de l’Europe du Sud-Est.
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