“Dans un pays que l’on surnommait encore récemment le ‘pays-station-service’, l’essence vient à manquer”, constate le journal indépendant Novaïa Gazeta, dont les correspondants à Belgorod, Saint-Pétersbourg ou Kourgan ont recueilli à la pompe les réactions, tantôt agacées, tantôt fatalistes, de leurs concitoyens.
Ces dernières semaines, la “crise de l’essence” occupe une place centrale dans les pages des journaux russes. Kommersant, l’un des principaux titres diffusés à l’intérieur du pays, rapporte quotidiennement des nouvelles restrictions imposées à la vente. Dans la région sibérienne de Novossibirsk, par exemple, certaines stations-service n’approvisionnent plus les particuliers ; plus à l’est, à Irkoutsk, où a été instauré un “régime de vigilance accrue”, la police a procédé à des arrestations pour revente illégale. Des limitations ont été appliquées jusque dans la région du Primorié, en Extrême-Orient, fait savoir le site local Vladivostok 1.
Le portail d’information E1, qui couvre l’actualité de l’Oural, relève “frénésie” et “panique” – qui s’expliquent en partie par le fait que “la saison des vacances commence, les gens se déplacent beaucoup en voiture”, note Iouri Iouchkov, de l’Université des finances auprès du gouvernement russe (Moscou).
Plus généralement, le déficit d’essence commence à se faire sentir dans le secteur logistique : le transport routier est désorganisé, indique Kommersant, tandis que certaines compagnies aériennes implorent le ministère de l’Énergie de prendre des mesures conjoncturelles de soutien, selon le média indépendant Vajnye Istorii. Parmi elles, la compagnie low cost Azimuth souligne qu’en l’état actuel son programme de vols “perd tout sens économique”. Un comble pour la Russie : le quotidien Nezavissimaïa Gazeta fait savoir que “le gouvernement est prêt à subventionner les importations de carburant en provenance d’Inde et du Kazakhstan”.
Une “opération informationnelle”
Devant l’intensification des attaques ukrainiennes – un nombre record a été enregistré en juin – et le tapage provoqué par la multiplication de ces images de stations-service à sec, la télévision d’État a été contrainte de réagir : dans Moscou, le Kremlin, Poutine, émission phare de la chaîne Rossiya, le correspondant Pavel Zaroubine, chargé de relayer la parole présidentielle, a interrogé Vladimir Poutine. Dans cet entretien diffusé le 28 juin, le dirigeant russe concède que ces frappes sur les infrastructures énergétiques “créent des problèmes” – en l’occurrence “un certain déficit, mais [qui] n’est pas critique”.
Non seulement les frappes ukrainiennes visent à infliger des dégâts, mais elles relèvent aussi d’une “opération informationnelle”, selon Poutine : “[L’objectif est de] semer le doute en nous, saper la confiance en notre propre force. Ou, mieux encore, fracturer la société russe et contraindre la Russie à stopper la progression de ses troupes sur le front (ne serait-ce que brièvement) et créer les conditions propices à l’ouverture d’un processus de négociation selon des modalités qui leur seraient favorables [aux Ukrainiens]. Nous ne leur donnerons pas cette chance.”
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