Se faire embaucher sous une fausse identité par des entreprises étrangères pour leur soutirer de l’argent ou des informations sensibles est une pratique des informaticiens nord-coréens désormais connue. Elle a augmenté depuis 2020, avec l’essor des recrutements à distance et du télétravail après la pandémie de Covid-19.

Pour autant, c’est la première fois qu’un cas présumé a été identifié en Corée du Sud. La police de Séoul enquête depuis février 2025 : l’individu présumé effectuerait des travaux de développement informatique en ligne, à distance depuis l’étranger, sans jamais être entré sur le territoire sud-coréen. “Il est soupçonné d’avoir usurpé l’identité d’un citoyen sud-coréen pour obtenir ce poste” dans une entreprise privée sud-coréenne du secteur informatique, relate le quotidien Chosun Ilbo.

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Actuellement, “les enquêteurs cherchent à retracer le montant des sommes versées et les modalités de paiement, craignant que les salaires perçus [aient servi] à financer le développement de l’armement nord-coréen”, indique le quotidien anglophone The Korea Times. Depuis plusieurs années, Pyongyang continue d’investir massivement dans ses programmes nucléaires et balistiques, malgré les sanctions internationales. Pour obtenir de l’argent, certains n’hésitent pas à “menacer de divulguer les informations dérobées ou de s’en prendre à leurs supérieurs hiérarchiques et à leur famille en cas de licenciement”, précise Chosun Ilbo.

Des opérations organisées

Mais se pose surtout la question de l’“existence d’un éventuel réseau organisé” avec des complices sur le territoire sud-coréen. La police explore par exemple la piste du recours à une “ferme d’ordinateurs portables” ou laptop farm : dans le cas où une entreprise occidentale embauche un travailleur nord-coréen œuvrant sous une fausse identité, elle peut être amenée à lui fournir du matériel informatique, comme un ordinateur portable. Ces appareils sont parfois réceptionnés par des intermédiaires, regroupés et équipés de manière à être accessibles depuis la Corée du Nord, via un VPN.

C’est ce qu’une enquête du FBI avait mis au jour un peu plus tôt ce mois-ci aux États-Unis : 187 ordinateurs portables avaient été saisis et 14 personnes inculpées. Les informaticiens nord-coréens concernés auraient gagné plus de 3 millions de dollars à travers plus de 70 entreprises américaines victimes.

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Aussi les méthodes d’infiltration se font plus sophistiquées. “Selon le FBI, ils tentent de réduire la taille de ces ‘fermes’ et de les répartir sur plusieurs sites pour éviter des découvertes simultanées”, indique Chosun Ilbo. Ils utiliseraient près de 30 000 ordinateurs portables et auraient tenté de se faire embaucher frauduleusement dans une centaine de pays. Par ailleurs, l’intelligence artificielle leur sert à “générer des visages virtuels pour les entretiens en visioconférence”.